Ouverture Galerie Bernard Ceysson Wandhaff

Ouverture Galerie Bernard Ceysson Wandhaff

25 Mars 2015

Wandhaff



 À la sortie de l’hiver, au premier jour du printemps, nous ouvrirons notre nouvel espace : à Wandhaff/ Windhof, à Steinfort, au Grand-Duché de Luxembourg. Au cœur de la Grande Région. La « ferme du vent » a laissé place à un lieu marchand et d’activités organisé autour d’un rond-point distribuant les flux automobiles vers la Belgique, la France, l’Allemagne et le Grand-Duché. En ce lieu de passages, aux centres commerciaux s’adjoignent immeubles de bureau et d’entreprise. Arlon est à 19km, Luxembourg et sa gare TGV à 16 km, Metz est à 77 km, Sarrebruck à 116 km. Bruxelles est proche, à deux heures de voyage, comme Francfort, Cologne ou Düsseldorf.
Ce nouvel espace est aménagé dans un bâtiment industriel semblable à ceux de la plupart des zones artisanales et commerciales, proche de ceux qui, à Brooklyn, à l’instar des garages de Chelsea, se transforment en galeries d’art. Wandhaff est un Brooklyn chic plus « urbanisé ». À l’intérieur, ce nouvel espace a cependant l’ampleur et le « look » des galeries de Chelsea : 1400 m2 dont plus de 800 m2 consacrés aux expositions. Il comprend des espaces de réserves et stockages, un atelier, des bureaux et salles de réunion. Et une boutique précédant les espaces d’exposition modulables.
Il nous semble nécessaire qu’une boutique librairie soit intégrée à un tel espace. Elle offre un espace de repos et de consultation. Livres et catalogues documentant l’exposition en cours y seront disponibles. Il sera possible d’y acheter des ouvrages divers, catalogues, essais, monographies, sur l’art en général, mais relevant plus particulièrement du domaine de l’art moderne et contemporain et des arts dits primitifs. Et d’y faire l’emplette d’objets au design soigneusement sélectionné, créés et réalisés pour de grands musées internationaux.
Ce grand espace - qui complétera donc heureusement notre galerie de la rue Wiltheim - sera inauguré par une présentation impressionnante d’œuvres de Bernar Venet. Mais rue Wiltheim seront montrés de rares et importantes peintures. Wandhaff accueillera des dessins récents et des sculptures, « gribs », effondrements, arcs et lignes indéterminées, c’est-à-dire ces pièces monumentales qu’affectionne l’artiste. Leur présentation exige des espaces comme celui-ci. C’est bien là, l’une des missions et des fonctions de cette galerie aux proportions, disons, pour faire image, à la « Chelsea ». Mais ce n’est que l’une des raisons de notre ambitieux projet de développement. La taille de cet espace, l’ampleur de son volume, les possibilités de partition qu’il autorise nous renforcent dans notre conviction qu’une mutation du modèle et des modes de fonctionnement des galeries, mutation anticipée déjà par de grandes galeries internationales, américaines surtout, est inévitable. Nous nous devons d’y participer. Nous le devons aux artistes que nous défendons, aux artistes que nous accompagnons dans leur carrière. Nous le devons à nos collectionneurs, devenus pour la plupart des amis. Ils pourront constater que pour défendre, avec la passion dont je crois nous avons donné témoignage, les artistes que nous aimons, auxquels nous croyons, nous sommes prêts à prendre et assumer, avec quelque inquiétude certes, mais avec une certaine jubilation, des risques dont attestent, nous en sommes certains, les dimensions quand même spectaculaires de cet espace. Une ambition dont nous faisons démonstration « ici » - je reprends à dessein le titre de la fameuse sculpture de Barnett Newman « Here » qui célèbre et exalte, dans tous les sens du terme, New York ! « Ici » c’est donc : à Luxembourg, au Luxembourg ! Nous croyons qu’ici il nous est possible de développer les activités de nos galeries et de participer à l’évolution économique, culturelle, sociale, d’un pays actif, énergique au présent et ouvert aux innovations qui déterminent déjà, nous le pressentons, notre avenir.
L’ampleur de cet espace nous permet d’envisager de vraies expositions. Des expositions qui ne seront pas seulement des expositions de galeries. C’est nécessaire, alors qu’assez souvent les expositions de musées ne sont plus que des présentations agrandies de galeries. C’est évident, inéluctable. La fin de l’histoire de l’art annoncée, comme l’a été celle de l’Histoire, le délitement de la chronologie évident, le triomphe d’une « atemporality » bénie qui affecte tous les champs des sciences humaines - tout particulièrement celui de l’art et d’une philosophie approximative qui vise à se substituer à l’histoire de l’art et à la sociologie -, alors qu’Internet supplée l’érudition, c’est comme si, tout soudain, nous dit-on, nous étions délivrés des pesanteurs de l’histoire et des déterminismes, dangereux, que parfois cette dernière génère. L’interprétation des œuvres, soumise à cette croyance, tend à se limiter de plus en plus à une sorte d’empaquetage textuel qui les fige dans des contenus qu’on leur affecte abusivement. Elles sont lues et non plus vues, leurs configurations formelles escamotées. Oubliés donc Focillon et Kubler. De plus la valeur vénale des œuvres oblitère désormais leur réalité. Quant à l’approche du « connoisseur » d’antan, elle est jugée aujourd’hui anachronique. Mais comme la chronologie n’a plus lieu d’être...
Cet espace nous permettra donc de concevoir des expositions qui auront la prétention, heureusement, de ne plus être seulement des présentations de galerie. Nous pourrons imaginer de vraies rétrospectives de l’œuvre de tel ou tel de nos artistes, concevoir des confrontations thématiques développées et déployées dans l’espace et le temps. Je veux dire que les œuvres ne seront pas accommodées à la sauce de cette « atemporality » qui favorise la malédiction des anachronismes.
Ces présentations ne seront pas limitées aux seules œuvres des artistes de notre galerie mais seront ouvertes aux œuvres d’artistes dont la présence nous paraîtra nécessaire. Comme cela doit se faire dans les musées. C’est ce que font d’ailleurs de grandes galeries. Nous le ferons quant à nous avec nos moyens. C’est pourquoi nous nous proposons, une fois l’an, de montrer les œuvres que des collectionneurs avisés et déterminés ont su et pu rassembler. Il va de soi que, parfois, dans certaines de ces expositions, dont nous rêvons, aucune œuvre ne sera à vendre. Car nous pensons que nous devons, puisque nous avons la chance d’avoir pu aménager, ici, un tel espace, participer plus fortement à la vie culturelle luxembourgeoise.
Une telle ouverture, ceci dit, obéit bien sûr à des impératifs professionnels, à des enjeux, que l’actualité de la vie artistique rappelle et réitère. En attestent de nombreux essais et articles dus à des universitaires talentueux ou à des journalistes brillants et bien informés. Il ne convient pas, ici, d’en esquisser l’analyse. Je me limiterai à souligner quelques points. Qui veut défendre ses artistes doit bien et souvent les montrer afin d’en faciliter la reconnaissance. Les foires n’y suffisent pas. Les galeries sont donc encore indispensables. Mais les « auctioneers » se découvrent galeristes, organisent des lieux d’expositions près de leurs salles des ventes. Les galeries doivent donc en tenir compte et réaffirmer leur spécificité, les missions qui restent les leurs. Pour bien et mieux montrer les œuvres des artistes qu’elles défendent, et les imposer, il leur faut des espaces implantés dans les zones de grande chalandise. D’où cette démesure des galeries entreprenantes qui devient la mesure. Il nous faut donc, nous aussi, nous plier à ces normes nouvelles, mais en affirmant que notre ambition vise à redonner vie à ce que l’on appelait, ce fut même le titre d’une revue, l’amour de l’art : la passion des œuvres. C’est-à-dire à donner à voir. À penser !
La décision d’aménager ce grand espace en galerie n’a pas été prise à la légère. Elle ne l’a pas été non plus sans quelques inquiétudes. Mais notre décision a été facilitée, stimulée, par l’enthousiasme optimiste des propriétaires du lieu dont l’attention, le soutien et la générosité ont été déterminants.
 



Artiste :
Bernar Venet

Lien vers l'exposition :

Bernar Venet, Wandhaff
21 Mars - 25 Juillet 2015