Assan Smati

 ( 1972, Saint-Chamond)

Biographie

Assan Smati est né en 1972 à Saint-Chamond en France. Il vit et travaille à Montreuil, France.

Présentation

Assan Smati recourt aussi bien à la peinture qu’à la sculpture ou à la sérigraphie. Son travail manifeste une aspiration à une monumentalité dérangeante expressive et n’hésitant pas au tour de force. La revendication esthétique, le bleu ou le rose des Chevaux ou des Centaures, accompagne la manifestation de la force contenue et nécessaire à ce que d’autres oeuvres signalent comme le risque de l’oppression encourue dans des sociétés si policées qu’elles en deviennent policières. À y regarder de près Assan Smati se place dans des territoires incertains et provisoires où s’effrite notre mémoire culturelle. Il reste des traces, des fragments du classicisme, du modernisme, du minimalisme, récupérés par un artiste qui se place aux côtés de ceux qui n’ont pas accès au grand savoir, mais qui s’efforce d’en préserver les restes pour, par une esthétisation nouvelle délivrée de l’histoire, forger avec eux les repères d’une voie salvatrice. Une manière de déchirer la continuité illusoire du temps.
Assan Smati

Assan Smati est un artiste complet. Comme les artistes d’autrefois, il dessine, peint, sculpte, grave. Comme les artistes de son temps, il photographie, utilise les outils informatiques et construit des installations. Il est incontestablement un virtuose, un maître, de la gravure et de l’estampe. Il s’adonne avec jubilation à la gravure sur bois qu’il pratique en grandes dimensions jusqu’aux limites qu’imposent les papiers et les dispositifs techniques. Mais il n’ignore rien de ce qu’autorisent et facilitent, non sans risque, à un dessinateur de sa trempe, la pointe sèche, le burin, l’eau-forte et l’aquatinte. Il est surtout un sculpteur qui sait modeler mais affectionne la taille directe, les contraintes qu’elle impose, l’énergie et le métier qu’elle exige.

L’exigence et l’énergie caractérisent le travail d’Assan Smati. Il se délecte à la conception de projets à la limite de l’impossible. Par défi à lui-même et aux artistes du passé et du présent qu’il admire. Il travaille seul. Il modèle, taille, seul, cheval, centaure, colonne, benne, éléphant, créatures hybrides, têtes colossales, pylônes totémiques. Il fabrique lui-même, seul, les moules de ses sculptures. Il coule plomb et résine, seul. Et, seul encore, il construit ses socles de lourd acier. Des socles indissociables de ses oeuvres, comme chez Brancusi.

Assan Smati a été formé dans une ambiance où régnait l’influence de l’art minimal, mais où étaient visibles les oeuvres de Baselitz, de Lüpertz et d’Immendorf. D’emblée, il a entrepris de conjuguer ces deux pôles apparemment opposés. Ses oeuvres sont imprégnées de la radicalité et de la monumentalité de l’art minimal. Elles jouent sur leur poids, la sensation quasiment tactile de leur matérialité, leurs dimensions, leurs placements possibles dans l’espace et dans les lieux où l’artiste les dispose. La peau bleue, lisse, tendue, du cheval, celle, rose, du centaure, produisent les mêmes effets lumineux, les mêmes jeux de reflets que certains volumes de Judd ou que les planches de John McCracken. Dans le même temps, les aspérités du plomb fondu du Paria, de L’Éléphant, les cordons ombilicaux des coulées dans les évents laissés visibles, les rugosités du bois imparfaitement poncé des Pylônes, tendent vers une expressivité imprégnée de l’art de Baselitz. Entre les deux, les têtes en plâtre modelé puis taillé, sont soigneusement poncées, polies et cirées. Mais elles sont érigées sur des socles d’acier brutalement découpé, aux faces rudement soudées et aux bords non ébarbés. De ce contraste brutal, naît un conflit expressif qui sert autant le sujet de ces oeuvres qu’une réflexion sur la sculpture qui n’oppose plus, mais allie, l’enveloppe lisse et tendue à la Brancusi aux creusements et aux saillies de la surface à la Rodin, marquée donc de la main et de l’outil. Cette réflexion, ici, s’inscrit dans un contexte contemporain. Mais elle me semble prendre en compte, certes différemment, celle que mettait en oeuvre Michel-Ange dans son accentuation des tensions qu’engendre l’opposition du finito et du non finito. On en connaît les implications néoplatoniciennes développées dans les cercles lettrés florentins et romains. Elles perdurent dans les sculptures d’Assan Smati. L’imperfection du non finito, comme les hybridations des représentations : éléphant à oreille humaine, chien à torse d’homme, centaure dont le corps équestre se combine à un torse humain et à une tête d’africain, expriment à l’instar de certaines istorie du Quattrocento, la difficulté pour toute créature de s’évader de sa gangue matérielle, de son corps, afin d’accéder à la spiritualité. Mais le registre symbolique se décale ici de ses sources anciennes. Le Centaure en est l’exemple éclatant. Cette sculpture en résine est soigneusement laquée et polie. Son « fini » d’oeuvre, d’objet, s’exhibe. Mais la représentation, elle, se désigne comme celle de l’inachevé, de l’humain non abouti, d’un être hiérarchiquement situé, selon un darwinisme ironique, entre l’homo sapiens et la bête.

Nous sommes toujours dans la dialectique du finito et du non finito. Mais Assan Smati ne vit ni dans le sillage de Marsile Ficin ni dans l’ambiance de Vittoria Colonna. africain éclaire le propos. Et renvoie à l’homme occidental ses préjugés et son histoire qui n’est pas celle de tous les humains. L’art d’Assan Smati est politique parce qu’il s’ancre dans les traditions, les exalte et les subvertit. Et les transcende non par l’expression d’un message, par le dirigisme d’un récit imagé, mais par la manifestation des savoirs de peintre, de graveur, de sculpteur que l’artiste a su acquérir et maîtriser. Son recours à la figuration n’est pas, comme chez tant d’autres artistes de sa génération, « tendance ». Il est en rupture aussi bien avec les dogmes modernistes qu’avec les codes de correction de l’art contemporain. La beauté, l’actualité, la qualité de son art ne se mesure pas à l’aune des normes de ces codes. Il est politiquement incorrect. Il les saccage et en déclare l’inanité. C’est pourquoi, il s’établit et impose son droit. De fait, pour toujours, présent, parce qu’il cristallise, dans ses figures magistralement réalisées, toutes les fables et les formes de l’art des êtres humains.


Bernard Ceysson
Expositions monographiques à la galerie
Assan Smati, Paris
23 Octobre - 12 Décembre 2009

Assan Smati , Luxembourg
06 Mai - 18 Juin 2010

Assan Smati, Luxembourg
27 Avril - 15 Juin 2013


Expositions de groupe à la galerie
Bagarre Générale - 5 Ans, Saint-Étienne
24 Mars - 15 Mai 2011

10 ANS , Wandhaff
02 Juin - 04 Août 2018


Exposition personnelle

2011
« Assan Smati »,
musée d’Art moderne et d’Art contemporain, Nice

2010
« Die Wolke », galerie Bernard Ceysson, Luxembourg

2009
« Ornement », galerie Bernard Ceysson - Paris, France
« Résistance »,
Centre d’art contemporain de Lacoux, France
« Almahami », MAC J, Saint-Étienne, France

2008
« Dos Santos », Verrière Hermès, Bruxelles, Belgique

2007
Galerie Bernard Ceysson, Saint-Étienne, France
« Frappe! Tu ne frappes pas assez fort », Centre d’art Nei Liicht, Dudelange, Luxembourg

2006
Institut français de Berlin, Allemagne

2005
« Le Laid déborde »,
 galerie Bernard Ceysson, Saint-Étienne, France

2004
Centre culturel Franco-Rwandais, Kigali, Rwanda

2003
Ministère de la Culture, Libreville, Gabon


Exposition Collective

2010
« Dos Santos », jardin des Tuileries, FIAC, Paris, France

2009
« Traits complices », galerie Béatrice Binoche, Saint-Denis, La Réunion
« Elusive dreams »,
Irish Museum of Contemporary Art, Dublin, Irlande
« Elusive dreams », Les Hauts du Ru, Montreuil, France
« Sur la Route...(formose) »,
Espaço Cultural Contemporaneo Ecco, Brasilia, Brésil

2008
« Dos Santos, Visite ma tente », Berlin, Allemagne
« Distortion of an unendurable reality », Galleria Pianissimo, Milan, Italie
« Deroubaix/Smati », LE (9)BIS, Saint-Étienne, France

2007
Biennale d’art contemporain, Thessalonique, Grèce
« At Home », SpaceInvasion, Vienne, Autriche
Galerie In Situ / Fabienne Leclerc, Paris, France
Berlin Art Project, Berlin, Allemagne
Lucid Fairytale, Le Transpalette, Bourges, France
Smati / Tokarski, West Germany, Berlin, Allemagne
« Bagarre générale », galerie Bernard Ceysson, Saint-Étienne, France

2006
My Home is my Castle, Parc Heintz, Banque Dexia Internationale, Luxembourg
Vendanges tardives, URDLA, Villeurbanne, France

2004
Biennale Internationale de Design, Saint-Etienne, France
2010
Cat. Assan Smati, Ceysson Éditions d’Art /
Mamac éditions, 2010

2007
Cat. Le Laid déborde, Kader Mokaddem, IAC éditions d’art, 2007