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Alexander Nolan

 ( 1980, USA)

Né en 1980 à Milwaukee, Wisconsin, États-Unis
Vit et travaille à Brooklyn, New York, États-Unis

Formation

2007     MFA New York Studio School, New York, États-Unis

2003     BFA University of Wisconsin-Milwaukee, Milwaukee, États-Unis

L'artiste nous parle de son art :

J'ai commencé ma carrière artistique en dessinant des images que j'avais dans la tête. Je ne savais pas ce qu'elles voulaient dire mais elles m'avaient l'air nécessaire. À l'université, j'ai découvert l'histoire de l'art. J'ai étudié des tableaux et j'ai appris comment les interpréter de différentes manières. Peindre et dessiner d'après nature a fait naître en moi un nouvel amour pour ma propre production et m'a entraîné dans un voyage qui m'a fait revenir en arrière dans le temps. Je suis tout bonnement fasciné par les maîtres anciens auxquels je suis resté longtemps attaché mais dont je me suis progressivement affranchi. Mes visions intérieures sont persistantes et le fait qu'elles aspirent à être exprimées me ramène au temps présent. J'ai recommencé à dessiner mon monde intérieur mais cette fois de manière plus consciente qu'avant.
J'aime me promener dans ma tête comme si j'étais dans une forêt. Je choisis çà et là quelque chose qui m'intéresse et que j'ai envie d'exprimer et d'explorer plus profondément par le dessin. Je n'essaye pas de trouver quelque chose de précis au delà de mon propre transport.
Les dessins à partir de mon imagination expriment mes pensées et mes sensations sur les rapports entre humour et solennité. Les images viennent d'une fantaisie narrative et personnelle. Mes dessins sont une quête paradoxale de la vérité et ne peuvent être appréhendés sans humour.
Mis à part le dessin réalisé à partir de mon imagination, je continue à être captivé par l'univers visuel qui existe en dehors de moi. C'est comme si j'étais hypnotisé par l'apparence des choses, par la façon dont les apparences changent et exercent leur influence sur moi. Dessiner le monde autour de moi stimule mon univers intérieur. Par les dessins, je tente de capturer un fragment de l'immensité que je ressens avant de peindre, en explorant la troublante dichotomie entre l'infini et le fini.
Alexander Nolan dessine des scènes de genre, peintes et coloriées à la gouache traitée comme l'aquarelle ou, dans la série de Cassis, à la manière de lavis fortement contrastés. Composer des scènes de genre, aujourd'hui, est moins inhabituel qu'il n'y paraît. Nous pourrions oser avancer qu'une grande partie des œuvres peintes, photographiques et vidéographiques contemporaines sont des représentations relevant de la peinture de genre. Mais, dans le contexte actuel, les scènes de genre d'Alexander Nolan dérangent et perturbent. D'abord parce qu'elles sont dessinées et peintes mais surtout parce que leur traitement graphique est d'une singularité peu conventionnelle. Ces compositions peuvent être perçues comme des avatars inattendus, surprenants jusqu'à en être désopilants, dérivés de toutes les scènes de genre accumulées tout au long de l'histoire de l'art. À le dire ainsi, de telles œuvres conçues et réalisées sur une scène newyorkaise où l'abstraction est dominante, c'est hasarder deux commentaires.
Le premier nous conduit, nous y reviendrons, à voir dans ce réalisme, qui ne répond pas aux acceptions en usage de ce terme, une sorte de « zombie figuration » en quelque sorte parallèle à la « zombie abstraction ». Mais cette qualification, si elle permet de cerner les œuvres d'une ceinture philosophique attrayante aux yeux de la critique, n'est en rien pertinente. Elle fournit, et fournira, en tout cas, aux historiens un thème de débats et de querelles.
Le deuxième, c'est que l'on ne peut pas ne pas voir, dans les scènes domestiques plus ou moins fantasmées d'Alexander Nolan, une réaction ironique aux récents développements de la peinture abstraite : une sorte d'invite à assurer un vrai « revival » aux réalismes et, de manière assez affirmée, à des réalismes américains délaissés.
La narrativité enjouée et saisissante de ces œuvres nous les donne à voir et « lire », la série de Cassis y incite, comme une sorte de journal. Ou, si l'on préfère, d'une sorte de récit picaresque et initiatique. Comme si Lesage avait été accommodé à la sauce de Brautigan et d'Hellzappopin et les scènes de genre de Hogarth à celle des comics. Si j'ose ces mises en parallèle, c'est qu'Alexander Nolan s'inscrit en acteur voyeur dans nombre de « sketches » qu'il imagine, compose, et transpose dans ses dessins. Des fantasmes de voyeurisme, ramenant et incorporant le vécu quotidien dans les tentations d'une sexualité libérée assez jubilatoire, facilitent le déroulement d'un journal imagé entremêlant l'art et la vie telle que la relatent certaines séries télévisuelles où les vies des protagonistes se cristallisent et se déroulent dans un lieu, un cadre, celui d'un appartement, d'un café, lesquels, à la fois, les inscrivent dans le réel et les en extraient. D'une certaine manière, les « sketches » - les istorie - d'Alexander Nolan exacerbent les situations et les intrigues de ces séries. On peut songer à Friends. Les scènes de rue, près du port de Cassis où se concentre l'animation de la ville, sont à cet égard remarquables et sans équivalents. L'artiste entrecroise son existence et sa vie privée avec les poncifs méditerranéens : ainsi de l'artiste peignant sur le port attifé de la marinière de Picasso. Quant à la vision surréaliste de la gare Saint-Charles, métamorphosée, en une inénarrable « fabrique » tout droit sortie d'une rêverie aztèque ou égypto-maniaque, elle se déploie en frise comme en une sorte de panorama de papier peint du XVIIIe siècle.
Les sujets, les thèmes, d'Alexander Nolan nous livrent donc à une narrativité impliquant son quotidien, son vécu au jour le jour. Il nous précipite et nous plonge dans sa vie domestique, ses repas, ses fêtes, ses loisirs, avec leur peuple d'animaux : des chiens affamés et lubriques souvent « hominisés », des chats distants et distingués, des poissons, beaucoup de poissons dévoreurs de sexes masculins. Il y figure des gens côtoyés. Ces scènes se jouent en des compositions cadrées, répétons-le, selon les standards des « séries » ou de tableaux célèbres devenus des poncifs. Elles nous évoquent des images déjà vues, voire nous retournent à l'instant ou nous avons vu ou cru voir ces autres images. Cette sensation de déjà-vu, confinant à la paramnésie, peut être rapportée à ce que Freud nommait le « déjà rêvé ». D'autant qu'abondent les « motifs » de castrations prévisibles ! Mais ce sentiment de ressenti ne nous conduit jamais au-delà des marches de l'étrangeté. Nous sommes, nous l'avons dit, dans le registre de la figuration, confrontés - comme dans les abstractions contemporaines au retour des abstractions anciennes - à des réemplois, parfois subliminaux, de thèmes, de motifs, puisés dans le thésaurus illimité de l'Internet où les artistes aiment à vagabonder et s'approvisionner.


Dans le registre de la figuration, ces réemplois sont, disons, plus prégnants et donc lus plus explicitement comme des citations aux allures de pastiches imprévisibles. Dans ses œuvres, Alexander Nolan les organisent, les intègrent et les traitent selon une hiérarchie subtile qui va de la copie admirative à la copie destructrice en passant par la parodie. Il n'est pas question ici de dresser la liste de ces thèmes, motifs et références. Pour en souligner l'étendue, mentionnons quelques noms d'artistes dont nous retrouvons le souvenir dans l'art d'Alexander Nolan : George Grosz - l'illustrateur de la rue newyorkaise -, Otto Dix, Chagall, mais aussi les artistes de l'Ash Can School : George Belows, John Sloan, voire Thomas Hart Benton ou même Paul Cadmus. La dilection d'Alexander Nolan pour les scènes de repas, de beuveries et de ripailles, parfois comiques, évoque irrésistiblement une tradition plus ancienne : celles des œuvres des compagnons de taverne de Pieter van Laer dit Le Bamboche. On pourrait s'aventurer ici à mentionner quelques artistes plus célèbres, plus soucieux d'atteindre au « Grand Art » tout en osant transgresser tous les codes de bienséance réglant alors et les dispositions et l'attrait des figures de la tradition classique : Le Valentin ou Honthorst, entre autres. Comme eux, différemment, dans le contexte newyorkais contemporain, Alexander Nolan joue ses œuvres sur le tapis d'un jeu de cartes. Mais, ses scènes de repas arrosés, ses « breakfasts » aux participants peu vêtus, ses « héros » urinant ou déféquant, ravivent nos souvenirs des représentations rustiques, que l'on n'ose pas dire bucoliques, de David Téniers le Jeune, de Cornelis Dusart ou de Jan Steen.
Ces réminiscences qui assaillent le spectateur et stimulent sa délectation, ne doivent pas nous faire oublier qu'Alexander Nolan s'inscrit bel et bien dans la tradition américaine, dans le sillage d'une veine réaliste irriguant l'art américain depuis William Sidney Mount jusqu'à, disons, Dana Schutz, et donc Alexander Nolan, en passant par John Frederick Peto, Albert Pinkham Ryder, Thomas Art Benton, Grant Wood, Andrew Wyeth et, bien sûr, Ben Shahn, les artistes pop et hyperréalistes, Duane Hanson, etc. Mais cette veine conflue dans l'œuvre d'Alexander Nolan, nous l'avons dit, avec ses souvenirs de l'art de Dix, Grosz, Chagall et d'autres artistes proches de la Neue Sachlichkeit. Il faudrait s'attarder sur le rapport, par ailleurs, d'Alexander Nolan avec Thomas Art Benton dont il parodie avec une certaine dilection les églogues, avec William Sommer dont le tentent la paix virgilienne et le dessin schématique et allègre, avec Albert Pynkham Ryder dont il pastiche sur le mode sarcastique The Race Course (Death on a Pale Horse). Mais c'est de Ben Shahn dont il est, me semble-t-il, le plus proche. Tous deux représentent un monde familier. Celui de Ben Shahn est celui de son temps, le temps d'une Amérique déchirée, de paysans dépossédés de leurs terres, de leurs combats et de leur misère dont Les Raisins de la colère de John Steinbeck dresse l'accablant constat. Ben Shahn a pris parti, comme citoyen, comme peintre, comme photographe ! D'une certaine manière, Alexander Nolan est, lui aussi, un « témoin de son temps ». C'est, peut-être, pourquoi il sait retrouver, lorsqu'il en éprouve la nécessité, mais transcrit dans son « style », le dessin incisif du maître de The Passion of Sacco and Vanzetti celui qui, se demandant ce qu'il devait peindre, se répondait à lui - même : « Stories » ! Caught drinking beer with the boys, par exemple, en fait démonstration à la fois dans sa mise en page frontale et dans ce rendu intense et si prenant du visage de la femme empoignant fermement l'un des buveurs.
Les gouaches, les dessins d'Alexander Nolan peuvent aussi être vus, dans le contexte de l'art dit contemporain, comme participant de cette propension, cette tentation, manifestée tout au long de l'histoire de l'art occidental d'opérer des glissements entre la « haute » et la « basse » culture. Ce jeu de navette entre High and Low - pour reprendre le titre d'une exposition du MoMA - enchaîne bien plus fortement, depuis le début du XIXe siècle, la tradition artistique américaine à sa trame européenne afin de l'occulter inexorablement. À sa manière, Alexander Nolan participe de ce « projet » américain de pérenniser une culture populaire et d'institutionnaliser une iconographie et un imaginaire artistique « réalistes », fidèles à leurs sources européennes mais se délivrant de toute sujétion inefficace et inutile à leur égard.
C'est un même dessein qui a structuré de manière contradictoire et paradoxale un réalisme littéraire américain. Mark Twain, Richard Brautigan, John Steinbeck, James Cain, Dashell Hammett, Chester Himes voire Charles Williams, nous ont ouvert ces perspectives parallaxiales, ces vues de biais - eût dit Dubuffet - qui nous déroutent hors du convenu et du banal vers un réel insolite et insaisissable.


Dans les œuvres les plus récentes, les citations relèvent moins de la suggestion que de la réplique ou, plutôt, d'une sorte de réappropriation d'un sujet ou d'un thème identifié à un artiste. Ainsi, à l'instar de Picasso s'emparant des Ménines de Velasquez pour peindre « ses » Ménines, Alexander Nolan transpose -t - il, dans son univers, les œuvres de son musée imaginaire pour qu'elles deviennent siennes. Il peint donc, à la gouache, au format qu'il choisit, « son » Déjeuner sur l'herbe, « son » Olympia de Manet, « son » Déjeuner des canotiers de Renoir ou « sa » Danse de Matisse.
Ces célébrations par réappropriation du musée imaginaire propagé par l'Internet n'excluent ni l'ironie ni la jubilation. Cette ironie allègre, toujours légère et poétique, vise à la fois l'œuvre originale et sa réplique peinte. Cette dernière suscite l'exultation du spectateur déconcerté et séduit par des transpositions inattendues de motifs prélevés dans des œuvres célèbres qu'il se remémore à leur vue. C'est, pour lui, comme si les chefs-d'œuvre du « Grand Art » avaient déserté les musées afin de « squatter » les scènes d'une imagerie dévastatrice mais enjouée. On pourrait en rester là. Mais la qualité des œuvres d'Alexander Nolan et son ambition ne se limitent pas à la réanimation d'un thésaurus et d'un répertoire, si vastes soient- ils, de réminiscences cultivées. Et à l'énumération des artistes et des œuvres sollicités. La vivacité et l'inventivité des récits ne suffisent pas non plus à nous retenir, même si ce renouveau, ce « revival », de la scène de genre, est salutaire, courageux et efficace. L'audace réside, bien au-delà, dans l'invention stylistique qui réussit à cristalliser, condenser, un « récit » dans des compositions ordonnées d'abord par la disposition des personnages et des motifs. Cette disposition est effectuée, réglée, selon un sens aigu du cadrage - très télévisuel - et de son impact sur le regardeur. À cet égard, le thème du « voyeur » est significatif. Dans les œuvres d'Alexander Nolan, nous l'avons dit plus haut, un voyeur lui ressemblant, souvent acteur, mais distancié, du récit qu'il observe, se substitue à nous. Il nous projette, nous implique, dans la composition et le récit à l'instar des personnages vus de dos dans les compositions de l'art classique depuis les initiatives de Masaccio et Alberti. Mais, c'est au dessin, au tracé, qui enclot motifs et figures, d'un trait agile, simplifiant les formes sans sacrifier les détails, que nous devons de pouvoir dire que les « fables » d'Alexander Nolan nous semblent, aujourd'hui, imposer leur nécessité sur la scène contemporaine. N'oublions pas que ce dessin impeccable se marie avec une couleur fraiche, liée à une gamme chromatique aux valeurs bien ajustées, à la Ben Shahn, se hasardant parfois aux stridences et dissonances heureuses d'un coloriage agile et entraînant comme la rythmique d'un Jazz Band.

Bernard Ceysson


Expositions monographiques à la galerie
Alexander NOLAN, Luxembourg
12 Mars - 21 Mai 2016


Expositions de groupe à la galerie
Special Guest New York, Hors les murs
08 Septembre - 28 Septembre 2015

10 ANS à Luxembourg, Wandhaff
02 Juin - 04 Août 2018


Expositions personnelles

2016
Bernard Ceysson Gallery, Luxembourg

2012
House of Screwball, Bushwick Open Studios, Brooklyn, New York, États-Unis
Special Guest, Galerie Zurcher, New York, États-Unis
Art Rio, Galerie Bernard Ceysson, Rio de Janeiro, Brésil
Nada New York, Galerie Bernard Ceysson, New York, États-Unis
Art Brussels, Galerie Bernard Ceysson, Bruxelles, Belgique


Expositions Collectives

2016
Romeo, commissaire de l'exposition : Aurel Schmidt, New York, États-Unis

2015
Apples Turn to Water, SPRING/BREAK, commissaire de l'exposition : Max Razdow & Kari Adelaide, New York, États-Unis

2014
Mixed Tape, commissaire de l'exposition : Sophia Alexandrov & Todd Bienvenu, Brooklyn, New York, États-Unis

2013
The Show is a Leo, 840 Broadway, commissaires de l'exposition : Tisch Abelow, Lauren Luloff & Linnea Kniaz, Brooklyn, New York, États-Unis

2007
Thesis Show, New York Studio School, New York, États-Unis