Benjamin Mecz

 ( 1985, Paris, 2017, Tel Aviv)

Présentation

Benjamin Mecz explore les vices, jeux et autres addictifs de notre temps et cherche à en extraire, au travers de l’utilisation de matériaux de notre quotidien, certaines des problématiques de notre société. Les jeux, en particulier ceux d’aujourd’hui, sont la matière première de sa réflexion. Benjamin Mecz empreinte aux jeux leur aspect répétitif et obsessionnel. La construction de ses œuvres, ce « handmade » comme il le nomme, peut être assimilée au savoir faire et à la rationalité d’un joueur.
Les matériaux utilisés à la création sont le plus souvent, par le format, en contradiction avec celui de l’œuvre finalisée. À travers ce mode de construction, il s’interroge sur la tendance naturelle des choses à se développer. En partant d’un simple élément, industriel et d’un format plus ou moins réduit, il en extrait par le biais d’un paterne, une réflexion sur le monde qui l’entoure, sur l’existence. La symbolique de la pièce, la technique utilisée à sa création, ou encore la problématique qui se pose à l’artiste, n’ont qu’un seul et même objectif, amener le public à s’interroger. Il cherche à provoquer chez le spectateur une réaction, qu’elle soit passagère ou constante, le mettant dans l’obligation d’étendre ou non, les limites de son point de vue. Le poids des pièces n’a d’égale que la réflexion qui précède sa réalisation.
Benjamin Mecz, l’étoffe de l’art

On aurait tout loisir de présenter Benjamin Mecz comme un faiseur ou d’abusivement qualifier son travail d’art plastique. C’est que ses œuvres revendiquent une frénésie ludique quasi similaire à celle qui court de Tom Friedman à Wim Delvoye. Mecz est aussi facétieux ingénieur : il disloque, recompose, agglomère ou disperse sous son empire des matériaux modestes. Il assure bidouiller le quotidien sans compromis depuis son plus jeune âge. Avant d’avoir 7 ans, il démonte tous les objets domestiques pour en étudier le fonctionnement ou la composition. Il change leur forme et leur couleur, parfois même leur attribue de nouvelles destinations. Comme Francis Ponge dans ses poèmes, il prend le parti des choses. Inscrite dans une longue tradition de l’objet, sa pratique rompt pourtant avec celles de ses pairs. Jamais il ne succombe aux tendances du post ready-made et contrairement aux Nouveaux Réalistes ses agglomérations ne reposent pas sur la combinaison mais sur la déclinaison. Considérant les petits riens de notre quotidien dans leurs formes atomiques, l’artiste les prélève de la réalité pour les multiplier en des corps autonomes.
Pour on ne sait quelle raison, chez ce jeune homme, la sûreté intuitive du jugement de goût s’est mélangée à cette sorte de courage qu’est l’obligation de faire. Il partage cette qualité bien sûr avec d’autres sculpteurs de sa génération, qui opposent au bricolage des idées une main d’œuvre, pour ne pas dire un savoir-faire. Partisan du retour de l’outil, lui n’ampute pas ses objets matriciels mais les maintient dans leur ensemble sans les altérer. Ses volumes pour la plupart ne relèvent pas de la matière mais plutôt de motifs uniques répétés, collés, cousus, agrafés ou pliés, qui s’augmentent les uns les autres, simultanément, comme l’un et le multiple. Jamais le même objet n’a deux destinations : les cartes à jouer ont formé la carapace de fourmis chimériques, les lames de rasoir une tapisserie de cheval à bascule, les étiquettes de vêtement une tente et un sac de couchage, les petits soldats enfin, comme s’il ne pouvaient être employés à autre chose, l’écorce de l’Arbre des voyelles de Giuseppe Penone. Ainsi Benjamin Mecz produit pour l’avenir de faux souvenirs, des artefacts infonctionnels et fictionnels destinés à soustraire chaque chose de son temps par la mue. C’est la trame en fin de compte l’occupe, comme ensemble narratif — puissamment autobiographique — et protocole créatif. Son métier : nouer à partir des objets solitaires des mondes solidaires. Au grand horloger, il substitue le grand tisserand des sentiments qui emmène le regard et le cœur beaucoup plus loin que n’a coutume d’aller l’imagination.

Alexis Jakubowicz


Quand l’artiste agrandit le gosse

Benjamin Mecz n’est qu’un enfant et son art n’est qu’un jeu. On aurait tout loisir de présenter ce jeune artiste comme un faiseur ou d’abusivement qualifier son travail d’art plastique. C’est que ses œuvres revendiquent une frénésie ludique quasi similaire à celle qui court de Tom Friedman à Wim Delvoye. Mecz est aussi facétieux ingénieur : il disloque, recompose, agglomère ou disperse sous son empire des matériaux modestes. Il assure bidouiller le quotidien sans compromis depuis son plus jeune âge. Avant d’avoir 7 ans, il démonte tous les objets domestiques pour en étudier le fonctionnement ou la composition. Il change leur forme et leur couleur, parfois même leur attribue de nouvelles destinations. Mais la curiosité de l’enfant, élevée au rang de jeu, devient l’irrépressible mélancolie de l’adolescent. Ses amours, ses rencontres, ses fureurs lui ont appris la bricole des sentiments.
En amont de sa première exposition parisienne dans la galerie Bernard Ceysson, Benjamin Mecz a déroulé sa courte vie dans une biographie, fable impudique, mi bilan mi programme. A tout juste 26 ans, l’artiste élabore une œuvre empreinte de cette ambivalence : il se fabrique, pièce par pièce et point par point, une œuvre et une vie d’artiste à la main. Son entreprise est à l’évidence fabuleuse, imbriquée dans le motif d’une fourmi plus grosse qu’un bœuf.
A la galerie Ceysson, l’artiste présente, entre autre, Queeny, insecte social, ouvrière idéalisée, sur le dos de laquelle il se fraye un chemin tout rose. Il prend à la fois le parti de l’ingénieur illuminé qui « rétrécit ses gosses » dans le film populaire de Joe Johnston (1989), et le parti des enfants rapetissés qui se confrontent au monde à dos d’hyménoptère. L’exposition de Benjamin Mecz à la galerie Ceysson est férocement initiatique.

Alexis Jakubowicz


Le ravissement de C

Carrés rouges comme de la brique en terre, carrés bleus comme des briques de glace. Les unes doivent être cuites, les êtres doivent être gelées. Benjamin Mecz est le grand méchant loup qui souffle sur ces maisons, tantôt le froid, tantôt le chaud. Son motif, minuscule d’abord, est reconnu puis se déborde jusqu’à dépasser même celui qui le regarde. La toile dans laquelle il a fait le patron de cette étrange construction est bien celle des cabas Tati. Le temple du très bon marché, d’abord implanté à Barbès, est devenu par le truchement d’une population souvent issue de l’immigration maghrébine et africaine, un relais de commerce comme il pouvait en exister au temps des caravanes. L’ample cabas vichy, inusable, lavable et léger, s’est retrouvé dans les années 80-90 de tous les « retours au pays », en voiture, en car, en bateau ou en avion, vers Alger, Casablanca ou Abidjan.
A découper des maisons dans ce motif si prompte à rappeler l’éloignement et le déracinement, Benjamin Mecz ferait une œuvre politique. Toutefois, le jeune homme n’est pas de ces tempéraments qui se perdent facilement dans les symboles. Comme toujours, l’œuvre est chez lui le résultat d’un assemblage jubilatoire avant d’être une lettre. Si chargés politiquement ou socialement soient ces cabas, il y voit comme dans des étiquettes de vêtements ou des cartes à jouer l’occasion de transcender la fibre plastique – son sens de la matière comme la matière elle-même. Ensuite seulement vient la forme. Mecz la puise pour moitié dans l’objet qu’il façonne et pour l’autre moitié dans la passion. A bien y regarder, ses maisons sont des cœurs palpitants. Elles s’emplissent d’air pour demeurer sous une inspiration constante ; pourraient flotter mais ne flotte pas, pourraient s'envoler mais ne s'envolent pas, pourraient crever mais ne crèvent pas. Chaque élément, monté sur l’autre, tient sans mortier, virevolte plus qu’il ne gronde et menace à chaque instant de s’effondrer. Histoire de c, avec cette initiale énigmatique, est un mur des soupirs, des peines et des lamentations. A l’instar de Lol V Stein, héroïne de Margeritte Duras que l’ardeur a rendue étrangère à elle-même, l’œuvre de Benjamin Mecz est un ravissement.

Alexis Jakubowicz
Expositions monographiques à la galerie
Benjamin MECZ, Paris
03 Septembre - 24 Septembre 2011

Benjamin Mecz , Saint-Étienne
23 Mai - 31 Juillet 2013


Expositions personnelles

2013
Benjamin Mecz, TAILLE UNIQUE, Galerie Bernard Ceysson Saint Etienne, France

2011
Benjamin Mecz : RE-CREATIV COMMUNITY, Galerie Bernard Ceysson Paris, France


Expositions collectives

YIA - Young International Artists - Paris, Espace Commines - 75003

2013
In Media Res, Galerie Georges Verney-Caron, commissariat : Alexis Jakubowicz, en résonance à la XIIe Biennale de Lyon, France

2012
Supervues, Petite surface de l'art contemporain, Hôtel Burrhus, Vaison - la - Romaine, France

2009
The Brick Lane Zoo, Brick Lane Gallery, Londres, Royaume-Uni