Adrien Vescovi - Mnemonics

19 Janvier - 11 Mars 2017

Saint-Etienne



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Adrien Vescovi


 Protagoniste principal du règne végétal, la chlorophylle a pour origine l’absorption des composants rouge et bleu de la lumière qu’elle transforme en énergie vitale. Elle est d’ailleurs la seule a pouvoir - non sans une certaine dose de magie - transformer la banale rencontre d’un cyan et d’un magenta en vert menthe à l’eau. Cet élément naturel est aujourd’hui l’un des ingrédients principaux des mélanges, décoctions et autres mix-peintures d’Adrien Vescovi. Par un procédé se rapprochant de celui de la teinture, il développe les principes actifs d’une substance en portant un liquide à ébullition et entreprend ensuite la colorisation progressive de ses toiles. Ces tissus ont la particularité d’être libres de structures puisque leur châssis s’est fait la malle et réapparaît parfois sous une autre forme : assise improvisée pour spectateurs, sommier janséniste ou encore tablette pour mélanges de pigments colorés. Déclassant ainsi un simple cadre venant soustraire la peinture à ce plan minimal plus ou moins confortable sur lequel nous serons amenés à méditer, observer et apprécier un paysage dessalé.
A l’instar de la révolution incarnée par l’apparition des pigments en tubes utilisés par les peintres liés à Impression, soleil levant (1) l’artiste démantèle lui aussi la surface et le support de la peinture en déplaçant son atelier d’une simple et banale appréhension orchestrée à la verticale vers une nouvelle horizontalité. En effet, cette dérive touche non seulement le sujet même de sa peinture mais également le lieu de son apparition. Ainsi il construit chacun de ses ateliers en porosité avec la vallée, le jardin tout comme la rue, la ville, sa périphérie, de jour comme de nuit. Loin des embarcations d’Argenteuil, majestueuses cathédrales et diverses joies liées au parcours des contrées normandes, il en résulte tout de même un intérêt commun pour la fidèle restitution d’une luminosité évoquant une certaine météorologie des sentiments. De fait, la perception de ces changements climatiques orchestre l’essence de sa peinture qu’elle soit temporairement installée sur un toit du passage des Cloys, une station de ski proche du territoire helvétique ou encore en pleine rue lors de sa résidence à la galerie de Noisy le Sec. Les peintures d’Adrien Vescovi sont des fenêtres soumises aux variations du ciel, ce sont donc très naturellement les rayonnements diurnes ou crépusculaires entre ultraviolet et infrarouge qui s’imposent aujourd’hui comme impressions. Elles sont ensuite composées et associées les unes aux autres. Symbole de ce nomadisme constant, elles se manifestent sous forme de scènes claires, vivement colorées ou tie & dye, transportées, accrochées et parfois même abandonnées. Leur forme la plus récente reprend celle d’une suspension ou d’un hamac : lit temporaire, symbole d’oisiveté mais aussi véritable invitation à une sieste à l’abri des regards. Ce lit de fortune permet au dormeur de s’isoler sans pour autant l’extraire du contexte même de l’exposition. Quoi de plus beau que de se laisser littéralement enlacer par la peinture !
Ce sleeping bag suspendu n’est pas sans rappeler les panoramas et autres environnements picturaux restituant des champs de couleur à perte de vue ou encore un certain jardin de Giverny - seul élément notable de la visite de la villégiature de Monet en banlieue parisienne. Il nous suggère également que cet habitacle éphémère pourrait être le fruit d’un isolement insulaire. Ou le plaisir de la solitude, de la vie et des aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoë, un marin qui vécut 28 ans sur une île déserte de la côte de l’Amérique.

Arlène Berceliot Courtin, Mai 2016


1. Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, Huile sur toile, 48 x 63 cm