Vue

Chris Hood

Bacchanal Blues

19 Octobre - 09 Décembre 2017

Paris



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Chris Hood


 Au printemps 2016, Chris Hood est en résidence à la galerie Ceysson & Bénétière, tandis que se tient l’exposition du Douanier Rousseau au Musée d’Orsay, ce qui l’intéresse d’autant plus qu’il a étudié l’art européen. D’ailleurs, sa propre peinture, plutôt affiliée à l’abstraction - donc à la grande histoire américaine - peut être lue dans un lien entre les deux continents, avant que ne se poursuive une réflexion sur l’image et la représentation, mêlant médiums classiques aux nouvelles technologies.

Revenons donc à cette histoire de l’art européen que le plasticien cite très vite. S’il devait se sentir dans la continuité des « ismes » dont nous sommes fortement dotés, ce serait auprès de l’usage de l’inconscient surréaliste. A partir de différentes sources telles que la photographie, l’ordinateur, voire les images d’Iphone, Chris Hood combine des dessins ou des collages constituant la base formelle de ses huiles sur toile. Se dresse alors un travail de composition, de lignes et de couleurs, dans lequel il ne souhaite pas faire rentrer une interprétation galopante, sans pour autant nier l’idée du sujet. Ses thématiques s’étendent sur plusieurs années et englobent des visuels de fleurs, de paysages, d’intérieur, ou comme dans cette nouvelle série, réfèrent au jeu amoureux, dans une certaine violence qui reflète l’état du monde. Mais son élan global porte sur la question-même de la représentation, notamment en 2017. Pour l’appréhender, il peut remonter jusqu’au XIXe siècle. « J’ai notamment réfléchi aux impressionnistes, qui étaient presque proto-abstraits. Ces artistes ont conduit la transition entre la réalisation d’une image et une peinture plus autonome. Je pense que je me sers de l’histoire de l’art non seulement comme source, mais également comme un jeu à partir duquel on commence à parler de peinture. »

S’extrayant d’un carcan trop traditionnel en employant les outils d’aujourd’hui, il construit mentalement ses tableaux, tout en se laissant animer d’une virtuosité intuitive. Laissant la spontanéité appréhender et bousculer ses différents espaces visuels. Il cite encore Roy Lichtenstein, célèbre acteur du Pop Art. Voulait-il critiquer la société de consommation américaine et la guerre du Vietnam « ou montrer sa dextérité à reproduire ce que d’autres avaient réalisé et son habileté à transformer les couleurs, les lignes, les structures et les échelles, comme si elles étaient instrumentalisées par sa peinture » ? Chris Hood passe beaucoup de temps à l’atelier, à élaborer et parfaire ses œuvres. C’est un artiste qui parle de la notion de « qualité », terme parfois désuet, tout en s’activant dans les rues de Los Angeles, au cœur d’une postmodernité sur-affirmée. Peut-être le voit-on dans le caractère organique et le dynamisme de ses toiles. Mais ce dont il ne parle pas et qui vient aussi à l’esprit quand on les observe, est le travail d’Arshile Gorky. Celui qui eut une grande influence sur les expressionnistes abstraits, tels que Jackson Pollock ou Willem de Kooning, avait noué un lien entre cette avant-garde européenne des années 1930 et ce qui allait devenir la grande peinture américaine. Lui-même s’ébrouait dans une spontanéité de laquelle il n’excluait pas un contrôle de l’image, et « tirait son art de l’art même, qu’il considérait comme un langage à apprendre. », tel que le cite Irving Sandler, dans son Triomphe de l’art américain. Brillante manière d’assumer ce qui nourrit, pour en édifier son propre cycle…

Marie Maertens, Septembre 2017.