Claude Viallat

La couleur à perte de vue

01 Mai - 10 Mai 2014

Luxembourg




Artiste de l'exposition : Claude Viallat


 C’est à des amis collectionneurs qui nous ont proposé de mettre à notre disposition, pendant une semaine, un local commercial situé sur la zone commerciale de Windhof/Wandhaff à Koerich, Luxembourg, que cet événement doit d’avoir lieu. En découvrant cet espace, d’une surface de 1 000 mètres carrés, d’une ampleur démesurée par rapport à l’espace standard d’une galerie d’art, il nous a semblé que la présentation qui s’imposait là, c’était celle des très grandes peintures de Claude Viallat peu ou jamais montrées compte tenu de leur format. D’autant que, par une heureuse coïncidence, le Centre Pompidou sous l’intitulé Phares donne à voir, dans le même temps, à son public des œuvres de grande taille parmi lesquelles - non loin des grandes décorations peintes sous l’autorité de Robert Delaunay, d’après ses maquettes, pour le pavillon des Chemins de fer de l’Exposition universelle de 1937 -, figure une œuvre de Claude Viallat de plus de douze mètres de hauteur. Comme en contrepoint de cette œuvre verticale nous avons déployé, à Windhof, une longue bâche peinte de douze mètres de large. Et bien d’autres peintures spectaculaires difficiles à installer dans nos galeries. On pourra ainsi, dans ce lieu propice à cette démonstration, mesurer, si j’ose dire, la propension à la démesure de Claude Viallat. Cette démesure n’a rien à voir avec la quête du sublime de quelques artistes, et non des moindres, qui dressent, en face de qui les affronte du regard, des œuvres suscitant cette terribilità qui émane de toute entreprise de dépassement. La démesure, chez Claude Viallat, naît des dimensions mêmes de la surface du support trouvé, recueilli, offert parfois, et qu’il travaille tel quel, sans le modifier.

Le grand format s’inscrit donc dans la même logique de pratique qui, tous les jours, ordonne son travail. On pourra y voir quand même une sorte d’attestation plus démonstrative de sa pratique et de la théorie qui la sous-tend que ne l’est la fabrique, pour une même durée de travail, de plusieurs œuvres de moindre format. Pourtant, redressés, ces grands formats imposent eux aussi ce même sentiment de confrontation à l’exceptionnel recherché par des artistes plus délibérément « expressifs ». Mais il n’a pas été « programmé ». Le grand format, en fait, explicite ce qui est en cours depuis 1966 dans le travail de Claude Viallat : la création d’une œuvre que la réalité du temps vécu et la matérialité et la réalité des supports obligent à réaliser à l’aide d’une succession de fragments qui pourraient, un jour, être rassemblés selon la technique du « raboutage ». Cette technique permet à l’artiste de réaliser, à l’aide de pièces de tissus divers, une ou plusieurs toiles qui, souvent, nous rappellent ces restes de fresques inscrites dans la vacuité de murs blanchis, témoignages énigmatiques et précaires de grandes peintures murales disparues. Les grands formats de Claude Viallat restituent, au contraire, à ses petits formats leur réalité et leur statut de composant de l’œuvre illimitée chaque jour reprise et continuée. 



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Ceysson & Bénétière
Luxembourg