Claude Viallat

Oeuvres Majeures 1967 - 2017

06 Mai - 15 Juillet 2017

New York



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Claude Viallat


 Le motif qui rend un Claude Viallat identifiable entre tous ne représente rien : il est indescriptible depuis cinquante ans. Peu d’artistes ont su créer une identité visuelle aussi forte.

En 1966, Viallat imbibe de peinture une éponge et la presse systématiquement sur une toile non tendue. Relâcher la toile supprimait les contraintes du châssis et ouvrait de nouveaux espaces à la création picturale. Revenant sur cette période initiale, Viallat explique que « le fait de travailler sur des toiles non tendues m’ouvrait de grandes possibilités de démonstration : soit la toile accrochée par deux points, par un point, pliée, froissée, en vrac… enfin toutes les situations imaginables ».

S’en tenir en même temps à un seul motif était la clé permettant à Viallat des expérimentations sans fin sur la répartition des couleurs. Sa constance formelle lui donnait une assise pour les transitions chromatiques les plus sauvages, lui ouvrant des combinaisons de couleurs si audacieuses, des teintes si bizarres, des nuances si subtiles que la seule comparaison qui vienne à l’esprit est avec Matisse. Il n’est donc pas surprenant que la première galerie à l’avoir exposé aux États-Unis est celle de Pierre Matisse à New York en 1976.

Finalement, les éponges ont laissé la place à des pochoirs et les supports n’ont plus été limités au drap blanc et à la toile écrue. Viallat s’est répandu sur tous les matériaux textiles qui lui tombait sous la main : carpette, mouchoir, parasol, torchon, têtière, tente, rideau, parachute, drapeau. Ces surfaces diversifiées se prêtaient mal à la poursuite de variations sur les relations forme-fond ou sur des dispositions rythmiques. Au contraire, les textiles recyclés ont incité Viallat à adapter sa technique. Sans renoncer à sa marque de fabrique, il a exploité leur matérialité. Les trous, les déchirures, les rapiècements et les décolorations témoignent de l’usage antérieur de ces morceaux de toile. Le risque est grand alors de trouver quelque chose de poétique à ces vestiges, et comme les raseteurs qu’il admire, Viallat évite toute dangereuse sentimentalité grâce à son talent et ses années de pratique. Sa démarche est résolument formelle, logique, déterminée. Et pourtant son approche picturale est pleine de luxe, calme et volupté. Indescriptible depuis plus de cinquante ans.

Rachel Stella, avril 2017.