Denis Castellas



14 Mars - 27 Avril 2013

Genève




Artiste de l'exposition : Denis Castellas


 Ballades

Denis Castellas peint à l’aventure. Longtemps, sans se soucier de la potentielle gravité de sa science, il a greffé les unes aux autres des images pour le plaisir unique de voir ce que ça donne. Il y a du savant fou dans sa peinture, pas de celui qu’on nomme surréaliste, mais d’un genre de générosité dépensée sans compter.
Castellas, peintre « sans stratégie » comme l’écrit un critique, est l’auteur romantique d’une œuvre contemporaine qui, loin de s’en laisser conter par le culte égotique, manie de belles idées avec la tête froide. Ce qu’il sait de l’art, de son histoire et de sa matière le rend habile et plus encore, crédible, dans le traitement de sujets que notre époque aurait tendance à récuser. Combien d’artistes peuvent encore, avec acuité, prendre part au débat sur la peinture et sur la poésie, qui de l’antiquité au Second Empire a mêlé Simonide, Léonard et Baudelaire ? De quelle audace faut-il être trempé pour peindre en 2013 une série de toiles sur le motif des Ballades lyriques de William Wordsworth (1798) ?
La galerie Ceysson présente une vingtaine d’œuvres tout juste accomplies à New York, dont la moitié au moins est inspirée par le recueil du poète britannique. Qu’on ne s’attende pas à trouver là un art de bavardage ou de naïve illustration. Denis Castellas, qui l’an dernier encore montrait entre d’autres motifs des visages, élimine la figure. Lui qui de la peinture passe aux installations conceptuelles pour revenir dans les années 90 au pinceau par le trait, marque dans son parcours une nouvelle rupture. Il allège ses toiles de leur trame visuelle et tout en faisant apparaître du texte, relit la théorie ut pictura poesis.
Pour qu’il en soit de sa peinture comme de la poésie, il donne aux termes Lyrical Ballads des fonds abstraits où se détache une typographie. Cette synthèse de formes diluées et de signes précis donne aux tableaux l’apparence de fausses couvertures. Ce qu’on prendrait néanmoins pour un titre est en fait une légende. Les toiles n’ont pas de contenu, elles ne sont que surfaces. De fait, les ballades lyriques ne peuvent y être lues à moins de se laisser convaincre qu’elles sont précisément ces formes peintes à l’arrière comme des champs libres.
Aussi l’autre moitié des œuvres présentées pourrait constituer un ensemble de romances sans titres. Inspirés de tapis, de tissus calfeutrant, ces tableaux sont les mêmes couvertures, ôtés de la valeur des mots, dont il ne reste pour les yeux que le paisible rayonnement comme aux oreilles l’écho des vers les plus prodigieux.

Alexis Jakubowicz 



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Ceysson & Bénétière
Genève