Jan Van Oost

Das Heilige Dunkel

27 Avril - 18 Juin 2011

Luxembourg




Artiste de l'exposition : Jan Van Oost


 Van Oost, l’esprit gémissant

Passant la main derrière l’écran d’une machine radiographique, le personnage principal de La Montagne magique (1924) découvre sous la plume de Thomas Mann son être squelettique :
« Hans Castorp vit ce qu’il avait dû s’attendre à voir, mais ce qui, en somme, n’est jamais fait pour être vu par l’homme, et ce qu’il n’avait jamais pensé qu’il fût appelé à voir ; il regarda dans sa propre tombe ».
L’œuvre de Jan Van Oost se lit entre les lignes. L’artiste Flamand refuse au monde ses apparences, son enveloppe ou sa chaire, et, puisant aux origines du symbolisme, décline toutes les formes de vanité. Le culte égoïste des romantiques est littéralement disséqué par son travail et la mélancolie, qui naît dans les entrailles, lui sert à mettre en œuvre une subjectivité sous-cutanée.
L’artiste emprunte à Charles Baudelaire son appareil, la bile noire. Le spleen est ici délesté du poids de la poésie et chargé plastiquement. Ses figures macabres ont la propriété paradoxale du memento mori : « souviens-toi que tu vas mourir », suggère tout à la fois d’abandonner l’ego à la fatalité ou bien d’adopter la figure du mélancolique, « celui qui, mieux qu’un autre, peut s’élever aux plus hautes pensées ». Cette définition aristotélicienne est reprise dans une étude de Jean Starobinski intitulée La mélancolie au miroir . Le glissement littéraire est suggéré par les matériaux qu’utilise Van Oost pour planter dans nos crânes son drapeau noir. L’usage récurent de miroirs indique dans le travail de l’artiste une profondeur de champ. Ces reflets sont les seules nuances aux formes noires ou blanches, reliques d’un manichéisme qui ne laisse entre la mort et la vie que la réflexivité, l’exploration de soi.
Les œuvres de Jan Van Oost sont donc diagnostiques. Elles sont comme la radiographie de Hans Castorp, viless et pourtant utile. Chaque pièce est chargée d’une gravité physique et morale, d’un poids qui suggère en un regard la finitude et l’élévation. La somme du « ciel bas et lourd » et de « l’esprit gémissant » marque avec Jan Van Oost le retour d’une forme sacrée.



1- ARISTOTE, Problemata, XXX, I.
2- STAROBINSKI Jean, La mélancolie au miroir, Trois lectures de Baudelaire, Julliard,

Alexis Jakubowicz


Jan Van Oost

Exercices mimétiques et allégoriques ( extrait )


Les œuvres de Jan Van Oost s’inscrivent, notamment sa Mimesis, prodigieuse sculpture de marbre blanc, pour une part, dans cet axe du double. D’un côté l’éclat, la lumière, de l’autre, la part obscure de l’âme humaine, en osmose, comme le souligne l’artiste dans ses propos. Cette idée est aussi présente dans sa série des mille dessins intitulée « Baudelaire Suite ». Cette référence n’est pas innocente, elle court à travers toute son œuvre. Les corps apparaissent comme extraits d’un monde d’événements tragiques, au-delà de la mort, au-delà du temps, au-delà de l’histoire de l’art, réactivés par l’artiste. Les deux aspects de ces figures décharnées, contrastées, distillent des forces antagonistes où la nature se joue de la part cachée de l’individu, de l’inconscient, ici symbolisée par la Mimésis classique. « Nous vivons dans le monde tragique (…) dont la tragédie est la forme achevée. (…) Sans aucun doute tout objet d’extase est créé par l’art ».(Bataille, in L'Expérience intérieure).

Patrick Amine


Patrick Amine est essayiste et critique d’art et de littérature au magazine Art press, à la Revue des deux Mondes et à L’Infini. Commissaire d’expositions en Europe depuis une quinzaine d’années, il a reçu le Prix de l’Innovation culturelle pour son exposition Nature Mutante (1994, Auch). Il a été également commissaire de l’exposition : Un siècle d’art russe et soviétique, au Musée des Ducs de Wurstemberg, à Monbéliard (2008). Conférencier à l’ISELP (Bruxelles) et à l’Ensba, il est l’auteur de : Une Vie, une déflagration, Entretiens avec Louis Calaferte (Denoël) et Petit éloge de la colère (Gallimard-Folio, 2008).

Il est commissaire au Centre Pompidou-Metz de l’exposition : L’Art contemporain raconté aux enfants - du 1er juillet au 11 septembre 2011, à Metz.





 



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Ceysson & Bénétière
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