Joe Fyfe - Claude Viallat

Parasols

21 Décembre 2018 - 23 Février 2019

Saint-Etienne




Artistes de l'exposition :
Joe Fyfe
Claude Viallat


 Dans leur exploration des limites de la peinture, Claude Viallat et Joe Fyfe partagent un même intérêt pour l’utilisation de « supports alternatifs » détournés. De même, ils tâchent tous deux d’élargir la manière dont les tableaux s’adressent au contemporain. L’exposition, intitulée « Parasols », réunit des pièces utilisant des parapluies et des ombrelles dans chacune de leurs compositions. Fyfe, légèrement plus jeune, admire depuis longtemps Viallat, le cite parmi les influences majeures de son parcours et lui attribue le mérite d’avoir intégré la géopolitique aux leçons avancées de Matisse : Viallat, explique-t-il, « a permis à la peinture moderniste récente, centrée sur l’Europe, de reconnaître l’existence de sociétés marginales et migrantes et son travail semble donc encore plus d’actualité aujourd’hui que lors de ses premières apparitions pendant les années soixante ».



« Il faut savoir que les problèmes et les fonctions sociales modifient l'approche du travail et le travail lui-même. -Claude Viallat, Écrits, p.79

La première fois que j’ai vu une toile de Claude Viallat, c’était au MoMA (New York), peu après sa rénovation de 1984. Cette œuvre, datant de 1979, était une peinture sans titre sur bâche de tente avec des boucles accrochées, sur laquelle des formes « à la Viallat », ni figuratives ni géométriques, étaient réparties en quatre zones. Si ma mémoire est bonne, une partie de la couleur brune de l'objet d'origine avait été utilisée.
J’étais comme hypnotisé. Je connaissais un peu cet artiste, mais je n’avais aucune raison de lui accorder une attention particulière. En ce temps-là, je n'étais même pas un peintre abstrait conventionnel ; j’appartenais au mouvement de figuration narrative. De mon point de vue, il y a presque trente ans, j’étais un artiste en devenir.
Ainsi Viallat a-t-il contribué à ma formation artistique.
J’ai tout d’abord commencé à prendre conscience de l'existence du groupe Support Surface, puis je me suis familiarisé avec l'abstraction française d'après-guerre, y compris de nombreux peintres français contemporains que j'ai pu rencontrer dans leur atelier et à propos de qui j'ai parfois écrit. Cette révélation m’a permis de prendre plus amplement conscience de la toile (Le tableau) en tant que « site » où sont approfondis des thèmes comme l’histoire, la politique, les idéologies, etc.. Dans mon travail, je revenais sans cesse à ces idées et je ressentais le besoin de comprendre la manière dont un tableau était composé, c’est-à-dire ce en quoi il est fait, fabriqué, dans quel ordre, d'où proviennent les matériaux, comment sont-ils combinés ; je sentais que c’était une partie essentielle de l’histoire du tableau. Ces questions ont été pour moi de la plus haute importance durant ces vingt dernières années. Le tout est de comprendre comment le tableau parvient à communiquer sa conscience sociale. Comment légitime-t-il les structures de pouvoir existantes et comment contrecarre-t-il cette pérennisation ?
En 2010, j’ai voulu que Viallat participe à « Le Tableau », une exposition que j'ai organisée à New York pour la galerie Cheim&Read, dont le thème était une étude sur l'art abstrait dans la France de l'après-guerre et son influence sur l'art contemporain aux États-Unis et ailleurs. À ce moment-là, Viallat avait une influence majeure. Je lui reconnais d’avoir englobé la géopolitique dans les leçons avancées de Matisse : il a permis à la peinture occidentale de reconnaître l’existence de sociétés marginales et nomades, et aujourd’hui, son travail semble encore plus pertinent qu’il ne l’était déjà lorsqu’il a commencé à faire parler de lui dans les années 1960. Viallat a suspendu ses œuvres aux fenêtres, il les a étendues sur la plage (en prévision de leur installation) et il a peint des auvents, des tentes et autres abris temporaires évoquant les cultures des individus migrants et marginalisés. J’ai interprété ce « regard nomade » comme une manière très directe d’englober des cultures disparates dans celles de l’univers postindustriel par le biais de lectures améliorées du tableau. Je trouve qu’il existe un parfait équilibre entre sa légèreté teintée de nonchalance et le sérieux de ses intentions.
Il y a quelques années de cela, nous participions tous les deux à une exposition collective en Belgique. À propos de l’une de mes œuvres exposées, il me dit, par l’intermédiaire d’un interprète, « Moi aussi je travaille avec des parapluies. »
Vu que nous utilisons tous deux de vieux « supports alternatifs » pour explorer les limites de la peinture, je lui ai proposé d’exposer avec lui des œuvres individuelles comportant des parapluies ou des parasols, auprès de la galerie que nous partageons, Ceysson&Bénétière. Voilà.



Joe Fyfe
Novembre 2018







 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
8 rue des Creuses 42000 Saint-Etienne

Horaires:
Mercredi – Samedi
14h – 18h
T: + 33 4 77 33 28 93