John Armleder - Noël Dolla



09 Novembre 2012 - 12 Janvier 2013

Genève




Artistes de l'exposition :
John Armleder
Noël Dolla


 Cette exposition rassemble et confronte deux artistes majeurs, quasiment contemporains. Noël Dolla est né en 1945, John M Armleder en 1948. Leurs œuvres, bien qu’élaborées dans des contextes différents n’en présentent pas moins quelques points de parenté, aujourd’hui encore, alors que, sans jeu de mots, l’écart qui les sépare permet à chacun d’affirmer sa manière, son style, ses convictions. Bref, son engagement. Benjamin, avec André Valensi, des protagonistes de Supports/Surfaces, Noël Dolla a entrepris d’emblée, dès 1968-1969, une sorte de déconstruction de la peinture qui visait non pas à en finir avec elle et avec l’Art, mais à la rendre à sa vérité, à la dégraisser, en quelque sorte, de la crasse des habitudes. À en affronter les limites. Cette déconstruction a conduit Noël Dolla à un approfondissement théorique qui, nécessairement, s’articulait une réflexion politique appelant à un changer la vie et à un changer le monde. Et d’abord à un changer le monde et le système de l’art, selon une sorte de stratégie des «dominos» adaptant la «pratique» de l’art à la «pratique» de la guérilla. Aujourd’hui, il en reste, d’évidence, un respect du support, de sa matérialité, une attention à la surface et au métier qui lui permet le maintien d’un questionnement incessant sur la peinture et sa fonction sociale et culturelle sans le recours à des sujets et des thèmes narrativement et naïvement « politiques ».

À bien des égards, le parcours de John M. Armleder s’ancre dans une stratégie
similaire. Mais dans un contexte plus large, plus ouvert, alors, sur les scènes artistiques allemandes, italiennes, américaines, mal connues par le « milieu » artistique français. Le changer la vie, comme le changer le monde, qui animent le dessein artistique de John M Armleder, s’ancrent davantage dans ce qui, dans la geste Dada, peut raviver les braises d’une aspiration au romantisme jamais éteinte. Et s’inspirent des propositions et des « happenings » de Fluxus et de sa mouvance internationale. Alors qu’en France, Fluxus est peu ou mal apprécié et que la geste duchampienne est réduite à un formalisme de l’objet et à une volonté d’éradication de la peinture « bourgeoise », les fondateurs du groupe Écart en assimilent le refus d’un monde en voie d’uniformisation et de collectivisation. Leur revendication suscite la célébration des propriétés de l’Unique capable dans ses œuvres de susciter des interactions qui relient chaque être humain à ses semblables. L’appropriation par les artistes de leur économie, de l’ensemble du monde de l’art des moyens de production et de diffusion, à laquelle aspirent John M Armleder et ses amis est radicalement différente de celle que veulent opérer les membres de Supports/Surfaces. Elle rappelle bien davantage l’esprit qui anime les communautés artistiques romantiques de l’Europe du Nord. Elle intègre un esprit ludique, quelque peu dandy, qui conduit John M Armleder à réaliser des œuvres très formalistes qui ne répondent à aucune préoccupation expressive et semblent vouloir se libérer du poids de toute signification intrinsèque. On pourrait écrire que John M Armleder, comme le démontre la pièce qui transforme la vitrine de la galerie, s’emploie à « travailler » dans ce qui sépare l’art et la vie. La rue n’est plus visible de l’intérieur de la galerie. Et réciproquement. C’était déjà le sens profond des furniture – sculptures qui traitent avec ironie et de la pensée de Duchamp et de celle de Greenberg. Il s’ensuit, toujours, traitée mêmement avec une ironie détachée, une perturbation sensible des lieux dans lesquelles ses œuvres prennent place.

Bernard Ceysson 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
Genève