Vue

Lauren Luloff - The Evergreens

20 Septembre - 04 Novembre 2017

New York



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Lauren Luloff


 On retrouve dans cette pièce la triade des espaces de Luloff, fonctionnant à l’unisson ou en polyphonie. Elle élabore la structure et le ressenti par un empilement de plans larges de tissus unis, certains transparents, d’autres opaques. Les volumes des formes dessinées à la Javel et le parasitage du châssis apparent créent le sentiment d’un tableau inachevé. C’est là le cœur de ce qui fait de sa pratique un hybride aussi surprenant. Elle insiste sur tous ces éléments à la fois.
En termes de plans, quand on lui demande d’où ils proviennent, elle répond que les contours des tissus de récupération déterminent les contours des formes plus larges. Ce sont clairement des blocs de couleur et, je l’ai déjà dit, ils exercent une forte fonction spatiale, l’interaction d’une chose avec une autre. C’est là l’idéal moderniste de la peinture : les formes elles-mêmes se chargent du discours.
L’interruption de la forme rendue échappe à tout contexte ou toute interprétation, comme si l’on plaçait une photographie sur un vaste mur nu. C’est là que le contenu personnel entre en jeu avec force dans les tableaux de Luloff. L’idée de ce qu’elle désire véritablement exprimer au-delà des investigations formelles. En définitive, elle peint des gens et des plantes, deux sujets féconds, porteurs de vie. Les êtres humains et les végétaux se développent et se décomposent. La difficulté du processus est une police d’assurance contre la virtuosité. Luloff ne vénère pas la maestria, seulement l’effort, qui consiste ici à confronter ce qu’elle désire être et ce qui l’inspire dans le monde. C’est peut-être dur à regarder, mais ça doit être dur : de voir un être humain essayer de saisir quelque chose légèrement au-delà de sa portée.
Et puis il y a une destruction et une reconstruction de l’œuvre elle-même. Il y a le tableau et les structures du tableau : la trame de la toile, l’application ou le retrait de couleur et le mécanisme du support de bois. Ce sont les propriétés physiques du tableau. Lauren recule et avance entre les géométries concrètes du tableau et l’absence de ces éléments, le monde plein de choses existantes ou non.


Wallace Whitney, 2017
extrait de Lauren Luloff, édité par Ceysson Éditions