Vue

Max Charvolen

à corps d’espace

10 Février - 17 Mars 2018

Paris



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Max Charvolen


 Né à Cannes en 1946, Max Charvolen s'est doté d'une double formation en arts et en architecture, à l'école d'art de Nice, puis à celle de Marseille. Membre du groupe INterVENTION avec, entre autres, Dolla, Viallat, Saytour ou Miguel (1968-1973) et cofondateur du Groupe 70, il fait son stage d'architecte à Rio de Janeiro, dans l'agence d'Oscar Niemeyer, à qui l'a lié une longue et fidèle amitié. Sa double formation d’artiste et d’architecte n’est pas fortuite : depuis 1967, l’œuvre de Max Charvolen joue sur cette double préoccupation, et travaille aux frontières entre l’espace physique dans lequel nous évoluons et l’espace symbolique dans lequel nous représentons.

C'est ainsi qu'il s'est tout naturellement inscrit aux origines du courant esthétique de la peinture analytique et critique, questionnant les « constituants immédiats » de la peinture, accordant au moins autant d'importance au « processus de création » qu'au résultat purement esthétique.
Depuis la fin des années 70, il met en place les éléments de son travail sur bâti et développe une œuvre qui questionne à la fois les moyens dont nous disposons pour représenter le monde dans lequel nous vivons et la façon dont nous nous y tenons.

À ce propos, Hervé Castanet écrit : « la question n’est pas pour (Charvolen) de savoir ce que montrer veut dire mais de poser, comme enjeu mental, une réflexion sur les conditions matérielles de l’acte de peinture. Schématiquement, ces dernières décennies, non sans variations, Charvolen recouvre des objets du bâti architectural (un mur, un plafond, des escaliers, une façade voire antérieurement des objets tels une chaise) de morceaux de toile collés. Les couleurs désignent des fonctions de ces lieux du bâti par rapport au corps (les parties que le corps peut toucher, celles qui lui échappent, la droite, la gauche, le haut, le bas, etc.). Ensuite, quelques jours ou mois ou années plus tard, le déchirement a lieu. Les bouts de toile sont détachés de leur support et exposés à plat dans l’espace de la galerie ou du musée ».

Trois résultats sont au moins à dégager :

1 – Comment passe-t-on de l’espace tridimensionnel dans lequel chacun se meut et s’éprouve comme corps vivant à la mise à plat en deux dimensions ? Comment fait-on pour « représenter » sur une cimaise plane ce qui fait élément du bâti au titre de le recouvrir ? La représentation, loin d’aller de soi, fait question.
2 – La réalité ne va pas de soi et procède d’une fiction. (...) L’artiste réalise des opérations – qu’il recense avec précision – dans le champ de la peinture et les montre… À d’autres de savoir dialoguer avec lui.
3 – (...) Charvolen n’est pas un artiste conceptuel. Son objet pratique n’est pas le concept mais l’objet pictural : la toile, les colles, les couleurs, et aussi (et surtout) le corps, avec ses muscles, sa force, ses limites. Charvolen insiste souvent sur la fatigue du corps pour réaliser les grandes pièces qu’il propose. (...) Par le choix des couleurs, des matériaux, des agencements, l’œil et le corps du spectateur sont saisis, captés. C’est beau comme du Matisse, si l’on veut comprendre ce à quoi parvient Charvolen.

Directeur de la revue interdisciplinaire "Il Particolare",
Hervé Castanet est professeur des universités et exerce la psychanalyse à Marseille.