Vue

Franck Chalendard

Petites peintures d'hiver

21 Décembre 2017 - 24 Février 2018

Saint-Etienne



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Franck Chalendard


 Les toiles de la série « Petites peintures d’Hiver » de Franck Chalendard sonnent comme une note optimiste dans l’agence d’un artiste et la valeur de l’expérience personnelle tirée du quotidien. L’atmosphère hivernale et le diminutif charmant « petites » sont des indices des sentiments de l’artiste face à cette nouvelle série de peintures. Dans ces œuvres, le drame de l’été fertile s’en est allé et l’hiver trouve l’artiste dans une retraite contemplative, une alcôve chaleureuse loin des hurlements du vent. Chalendard a forgé un langage pictural plein de tendresse pour capturer ses pensées et ses sentiments tels de brefs morceaux de guitare. Chaque peinture est réalisée relativement rapidement ; chaque peinture est une pensée achevée.

Au premier abord, ces toiles pourraient sembler sans prétention. La couleur y est sourde et le dessin, quand il y en a, hésitant. La peinture, souvent diluée, devient presque transparente et l’artiste la laisse souvent goutter ou couler à travers les surfaces de la toile. Ailleurs, le peintre s’autorise de rapides jets de bombe. Ces œuvres trouvent leur équilibre à mi-chemin entre la peinture « concrète » de Robert Ryman ou Pat Steir et un espace lyrique d’évanescence entre flottement et hésitation, plein d’illusion et de lumière intérieure. Les peintures de cette série témoignent d’une sorte de conflit, ou au moins de contraste, entre deux branches de la peinture abstraite.

En parcourant le récent catalogue des peintures de Chalendard, j’ai été frappé des extraits du transcendentaliste américain Henry David Thoreau cités en préface de l’essai lumineux de Bernard Ceysson sur l’œuvre du peintre. Les philosophes transcendantaux, Thoreau et Ralph Waldo Emerson inclus, nous offrent une perspective intéressante depuis laquelle observer les peintures de Chalendard. L’attrait des transcendentalistes pour l’expérience personnelle subjective spirituellement générée par le vécu individuel semble trouver son écho dans la peinture de Chalendard. Dans son cas, comme celui de Thoreau, la vie loin des centres urbains, homme d’extérieur imprégné des cycles de la nature nourrit les présupposés philosophiques de sa peinture. Sa pratique rend visible des heures d’introspection silencieuse.

Pourtant, malgré leur caractère contemplatif, ces peintures ont quelque chose d’enlevé. Les rigoureuses préoccupations formelles de l’artiste sont égayées par la précision et l’intime. L’équilibre que Chalendard trouve entre spontanéité et réflexion semble évident dans le doux pointillé évoquant des motifs textiles, les effacements à la brosse découvrant les structures formelles internes de l’œuvre et l’impromptu s’épanoui avec le pinceau chargé qui sert à réaffirmer la surfaces des œuvres. L’artiste établit ses propres frontières sous la forme de lignes ou de géométries souples qui semblent épouser le format de la toile. Format qu’il finit par respecter, abandonnant les frontières qu’il avait établies. En tant que compagnon de pinceau (ou bien « compagnon de voyage » comme on dit), les peintures de « Petites Peintures d’Hiver » me conduisent à l’acceptation joyeuse du hasard et m’offrent l’opportunité d’ajouter quelques notes personnelles à la partition. Elles me donnent espoir et m’encouragent à me rendre moi aussi dans mon atelier, ce qui est le plus grand compliment qu’un peintre puisse faire à un autre.

Wallace Whitney, novembre 2017.