Pugnaire & Raffini

Fahrenheit 134

28 Mars - 04 Mai 2019

Paris




Artiste de l'exposition : Florian Pugnaire & David Raffini


 A l’origine du projet, une résidence à la Flax Foundation de Los Angeles, pendant laquelle Florian Pugnaire et David Raffini explorent les territoires abandonnés de l’ouest américain, et les légendes urbaines qui les habitent.
Ainsi naît un film, Driving Through, qui met en scène l’obstination d’un personnage à prélever des fragments de ruines pour construire, ou reconstruire quelque chose. Des histoires vraies se teintent de fiction dans une forme poétique, mais l’archivage du procédé demeure invariablement en toile de fond. Le film transforme une impression mythique de post-apocalypse en un récit documenté, où les matériaux portent une fois de plus le poids de la charge qu’ils contiennent. Pourtant, la puissance du sujet ne tient plus dans la fiction d’un seul en scène de l’objet éprouvé, mais plutôt dans la détermination du personnage à résister à l’effacement d’un monde.
Ses gestes sont précis, répétés. Primitifs. Il collecte des gravats, des matériaux, des morceaux d’histoires, qu’il transforme en accélérant d’abord leur processus de perte. Il cherche, il travaille, il œuvre, poursuivant une route qui s’étend à l’infini. Les gravats sont concassés, jusqu’à l’extrême pour certains ; la matière morte devient première, l’origine d’un ultime ouvrage.

Il est aussi une histoire de la sculpture et de la peinture. La route d’abord. Elle est de presque tous les plans du film. Fine citation à l’œuvre sculptée idéale de Carl André, la route est un des socles de l’œuvre. Elle manifeste ici physiquement et intellectuellement le poids de la matière, et de l’étendue d’une sorte de quête qu’on devine utopique. L’homme la suit, mais l’use aussi de ses propres mains, dans un face à face ultime et sans échappatoire, à l’intérieur d’un huis clos immense.
Thèmes essentiels dans les recherches de Pugnaire et Raffini, les matériaux et leurs états de transformation semblent s’inscrire dans une temporalité convenue, avec un passé, un présent et un avenir. Le trouble s’installe pourtant dès les premiers espaces traversés, par la présence du personnage à la fois sur la route et dans un atelier, et par les pensées qu’il soliloque. Les paysages s’apparentent à des décors abandonnés à la fin d’un tournage ; lui, se les remémore en faisant ressurgir des bribes d’histoires passées. In fine, distinguer le vrai du faux importe peu.

Fahrenheit 134, l’information est donnée : la plus haute température jamais enregistrée à la surface du globe, il y a près d’un siècle, dans la Vallée de la Mort (56,7°C). Sur fond de désolation urbaine, de couchers de soleil tristement sublimes, de paysages desséchés par une chaleur écrasante, le récit s’articule autour des vérités et des légendes liées aux territoires traversés. Autant de traces tangibles et sensibles qui, par l’attention qui leur est portée, deviennent des monuments à part entière.
Les débris ainsi récupérés forment une sculpture, gisant telle une stèle dans l’espace d’exposition. Un mémorial constitué de gravats et de poussière, de fragments d’histoires enfermés dans la pierre; un processus confronté à son propre dénouement. En parallèle, des photographies dévoilent une archéologie à venir. Des clichés témoignant d’un monde perdu, aux tracés précis mais déstructurés dus à l’effritement de leur support. Images de ruines modernes, devenues ombres d’elles-mêmes par la destruction des matériaux qui les composent. Entre la fiction et l’archive, Florian Pugnaire et David Raffini fabriquent une forme de récit hybride, qui s’expose à parts égales dans un film et dans les œuvres-installations qui l’accompagnent. Ils s’exposent aussi eux-mêmes dans une mise en abîme évidente révélée par le personnage, dont le labeur évoque indéniablement l’obsession créatrice. Le temps est bouleversé autant que les matériaux, et le mouvement se décompose. De l’expérience éprouvée à sa reconstitution finale, les techniques sont dures, violentes parfois pour la matière première, mais s’imposent avec force pour atteindre l’essence, mémorielle, où le rebut devient relique et le vestige, un monument.

Sarah Lanos, février 2019.  



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
23 rue du Renard 75004 Paris

Horaires:
Mardi – Samedi
11h – 19h
T: + 33 1 42 77 08 22