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Relics

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Nikita Gale, Tony Matelli, Sam Moyer, commissaire d'exposition : Ellie Rines

06 Septembre - 06 Octobre 2018

Paris




Artistes de l'exposition :
Nikita Gale
Tony Matelli
Sam Moyer


 Dans une nouvelle approche d’une certaine archéologie du futur - et de plasticiens qui emploient des matériaux d’aujourd’hui, questionnant la projection que l’on pourrait en avoir à postériori - l’exposition Reliques réunit trois artistes américains. Pour Ellie Rines, la directrice de la galerie Ceysson & Bénétière de New York, qui en est la commissaire, il demeure un grand paradoxe à sonder la notion d’ancien au cœur du Nouveau Monde… « Aux Etats-Unis, tout semble séculaire et bien évidemment davantage qu’à l’échelle européenne. Dès qu’un objet a plus de cinquante ans, il revêt le statut d’antiquité et cela se révèle dans l’obsession de nombreux Américains pour l’architecture et le décoratif de la période du Mid-century modern… »

L’artiste Sam Moyer joue d’ailleurs sur cette idée du luxe et de la décoration au sein même de ses œuvres. A partir de marbres qu’elle sélectionne sur des chantiers de construction ou des chutes de projets architecturaux, elle élabore des peintures dotées d’une forte dimension sculpturale. Construisant des châssis en fonction de ces éléments qui impliquent une forme de hasard, mêlés à leur propre historicité, Sam Moyer assouplit un héritage minimal trop rigoriste et réintroduit le « savoir-faire ». Au temps de la déambulation, voire de la rêverie, s’ajoute celui passé à l’atelier à échafauder une représentation volontairement ouverte au ressenti du regardeur. Son travail peut s’apparenter à de l’art abstrait, tout en se plaçant dans une histoire plus globale du ready-made et d’une réflexion sur la valeur de l’objet, transformé ou non en œuvre d’art. C’est aussi l’une des problématiques de Tony Matelli, qui interpelle sur la temporalité de ses sculptures et installations. Ses modèles, issus de la tradition de la statuaire grecque antique, sont réalisés en atelier, moulés en bronze, avant d’être peints d’une manière comme « défraîchie ». Aujourd’hui que de nombreux plasticiens chinent en ligne ou sur les marchés aux Puces, produire longuement de ses propres mains peut s’avérer un geste politique, là-encore octroyant autant de couches aux matériaux que de possibilités d’interprétations. Les protagonistes de Tony Matelli prennent d’ailleurs la liberté de postures absurdes, tandis qu’il s’est éloigné de la sculpture hyperréaliste par laquelle il s’était fait connaître, pour creuser davantage la transformation et l’attention accrue envers le matériau… Quand Nikita Gale joue encore de l’ambiguïté de la lecture d’un corpus. Dans ses dernières pièces, elle réunit des objets usuels et imprime sur différents supports, notamment des éponges, des photographies prises lors de concerts ou d’émeutes. Interrogeant l’association mentale que nous connectons directement aux choses et aux images, elle va à l’encontre d’une jonction trop littérale. Ces réalisations peuvent paraître investies dans un combat, et l’artiste se dit féministe, mais liées à notre omniprésent rapport aux différentes technologies. Même si nous sommes à l’ère d’une cyber-biologie et d’une industrialisation poussée, pour Nikita Gale, tout est raccordé au toucher et à l’extension de la chair. De là émergent et ressurgissent le sexe et l’organique…

Subtilement et sensiblement, ces trois plasticiens revendiquent un retour à l’atelier, à leur propre corps et à une pratique presque « artisanale ». Ils remettent en jeu la définition de l’objet et renouvellent l’idée du luxe, parfois kitsch, de ceux qui aiment montrer qu’ils vivent dans des intérieurs bourgeois et s’enorgueillissent d’un grand sens de la décoration. On peut y lire également un côté grinçant quand chacun interroge la valeur d’une œuvre d’art, au temps de sa matérialisation excessive. Ceci n’est pas nouveau, car déjà au XVIIe siècle, il était de bon ton de dévoiler sa nature-morte de Pieter Claesz ou Willem van Aelst en signe d’opulence, tout en indiquant que l’on était un esprit éclairé, puisque ce sujet renvoyait au thème des vanités, donc à la finitude de la vie…

Marie Maertens, juin 2018. 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
23 rue du Renard 75004 Paris

Horaires:
Mardi – Samedi
11h – 19h
T: + 33 1 42 77 08 22