Robert Brandy



12 Janvier - 29 Février 2012

Luxembourg




Artiste de l'exposition : Robert Brandy


  La mémoire de l’oubli par Jean Sorrente

La peinture de Robert Brandy est intimement liée au temps, à une méditation sur la durée, la mémoire, la dimension historiale du geste même de peindre.
Ainsi la précédente série intitulée Overcovering pouvait-elle se comprendre dans le sens d’un recouvrement, c’était un « recouvrir » ou un « sur-couvrir », une manière d’oblitérer, d’enfouir la mémoire, le tableau de la mémoire et la mémoire du tableau, de les mettre en abyme sur fond d’oubli. On pouvait aussi l’entendre comme un « sur-peindre ». Il sédimentait la couleur, l’enfouissait sous ses couches multiples, la dérobait derrière l’écran des collages. Robert Brandy parlait de « fatiguer la couleur », à la fois de la saturer, de l’éreinter, de la pousser à bout, de lui faire rendre gorge. Fatiguer la couleur et, de proche en proche, le tableau correspondait à ce que ressentait le peintre conscient que la voie prise par sa peinture depuis quarante en avait épuisé toutes les possibilités. Elle achevait de cumuler les strates mémorielles sur les unes sur les autres. Une remise en question était inévitable, une réflexion sur les origines ou les racines de cette peinture s’imposait.
Dans la récente série, la démarche est d’abord de repenser l’oubli, celui de la couleur, de privilégier le dépouillement. Réduire le nuancier des couleurs, restreindre en ce sens l’usage du collage permet en effet un retour au blanc qui avait marqué les grandes toiles au tournant des années 1970-1980. C’était l’une des voies explorées du temps de Supports-Surfaces dans la série Existences qui avaient alors conduit à dévoiler le châssis et, dans les Ensembles intégrés, boîtes recyclant des objets de rebut en guise d’objets de mémoire, à faire l’économie de la toile elle-même. Celle-ci, désormais laissée lâche, flottante, est inégalement encollée. Dans un second temps le peintre opère sur le revers de la toile. Des plaques sont utilisées pour marquer le subjectile et délimiter les surfaces à peindre. Apparaissent alors des lignes, des angles, des plis, des zones, une autre mémoire remonte à la surface. Ce qui a été peint au verso traverse la toile, transparaît sur le recto et gagne les marges, gestuelle, empreintes, plages colorées, coulures. Quand la toile est retendue sur le châssis, l’effet de transparence, de sudation favorise l’épiphanie de la couleur. C’est comme si l’on assistait à l’avènement de la peinture. Par un retour de balancier, le procès de la série Overcovering s’inverse. Ce qui était enfoui se trouve désenfoui, ce qui était oublié révèle l’oubli comme une réserve mémorielle. La peinture se fait palimpseste et génère une mémoire qui est celle-là même du tableau. C’est ainsi que la récente série s’inscrit à l’intérieur du procès de la série précédente tout en lui étant extérieure. Œuvre d’excavation ou comment l’appeler du temps dans sa dimension mnémonique, elle en renouvelle l’intelligence de façon inédite.

Jean Sorrente
 



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Ceysson & Bénétière
Luxembourg