Robert Brandy



14 Janvier - 25 Mars 2017

Wandhaff



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Robert Brandy


 Quand il commente l’œuvre de Robert Brandy, Bernard Ceysson parle très justement « d’archivage ». Archiver se dit d’un ensemble de documents que l’on conserve, de témoignages que l’on souhaite protéger. Archiver comme opération testimoniale a aussi rapport à « l’archè », au commencement, au geste fondateur, dont on réserve alors la trace. L’archivage relève du dépôt, tantôt, pour reprendre le titre d’un ouvrage du regretté Denis Roche, il s’agit d’un « dépôt de savoir et de technique » ou, dans la perspective d’un de mes textes, Jeux de surface (Robert Brandy, 2009), d’un dépôt de mémoire et de temps, tantôt on a la cristallisation d’un geste inaugural, celui qui, sans cesse repris d’une œuvre à l’autre, dévoile le mode de production du dépôt. Mais, si l’œuvre de Robert Brandy peut s’entendre comme un archivage, qu’elle se signifie dans son avènement ou son épiphanie, si elle fait, à la faveur de la gestuelle, proprement événement, c’est plutôt de leur écartement, de leur tension, qu’elle procède. D’un côté, ce que conserve le dépôt, de l’autre ce que la gestuelle émotive en révèle et problématise. C’est ce qu’on peut voir dans les récentes séries Overcovering ou Research surface, comme réserve mémorielle et articulation d’écrans, pans et plages de peinture, qui à la fois montrent et dérobent, exposent et dissimulent. Héritage des années Supports/Surfaces, l’utilisation des morceaux de bois fait régulièrement retour dans l’œuvre de Robert Brandy. Déchets ou pièces de rebut, fragments de cadre ou de châssis, débris de lattes ou de chevrons, les bois condensent tous les aspects évoqués. Ce sont des objets de mémoire, des marqueurs de temps et d’espace, des outils qui servent à ancrer la composition souvent géométrique, architecturale, à la redoubler, à la surdéterminer, à jouer des effets de réel. Dans la présente série d’œuvres, ils peuvent être mobiles, s’ôter, se replacer, couvrir et découvrir les plages de peinture qui se trouvent dessous. Leur utilité plastique se confond avec leur signification mémorielle. Dans Dépôts de savoir et de technique (Seuil, 1980) de Denis Roche, on relève, quant au texte, le geste cumulatif, appositif, le coupé-collé, l’ellipse, le fragment, l’archivage. C’est un peu ce qu’on retrouve dans l’œuvre de Robert Brandy, du collage au traitement de la couleur, du morceau de bois au nuancier de la lumière réagissant aux segments de la toile inégalement encollée : des dépôts toujours en mouvement. Denis Roche explique : « Tout m’était perception (…) j’étais accordé d’avance à tout ce qui m’atteindrait. » Cela rejoint tout à fait ce que déclare Robert Brandy, quand il parle d’associer la gestuelle à l’humeur du moment, de peindre non pas la nature, mais la sensation de la nature, de s’ouvrir à tous les objets qui dans le temps et l’espace expriment leur singulière présence, de réagir à l’histoire événementielle. Tout un art propre à « s’inventer » ainsi sa mémoire et à en faire l’inventaire.

Jean Sorrente