PIERRE BURAGLIO

SURPLUS

08 Octobre - 12 Décembre 2015

Saint-Etienne




Artiste de l'exposition : Pierre Buraglio


 Pierre Buraglio : SURPLUS



Pierre Buraglio a choisi d'intituler son exposition à la Galerie Bernard Ceysson Surplus. Elle fait suite aux expositions à l'Historial de la Grande Guerre en 2011 et au musée de Louviers en 2014 où l'artiste s'était directement consacré au thème de la guerre.
Les surplus sont les vestiges de la guerre, ce qu'il en reste lorsque le déchainement de violence se retire. Ce sont des objets devenus sans usage ou tout au moins dont la fonction première se perd. Ils sont les traces de la guerre, dans un présent qui s'en est libéré, mais indique aussi sa persistance. Ils ne sont pas dénués de menaces : d'une guerre à l'autre, les surplus attendent.
Pour Pierre Buraglio, il ne s'agit pas de représenter la guerre mais de se confronter à sa mémoire matérielle. Casques, godillots, vêtements, gourdes, képi sont les motifs de ces surplus comme l'est déjà, à sa manière, la série des « Blokoss » avec ses architectures devenus des masses étranges et absurdes déposées dans le paysage. L'artiste se fait archéologue : il exhume, collecte, rassemble ces traces. Il les fait venir à la surface du papier, du carton ou du bois pour que les formes silencieuses de ces objets témoignent des personnes qui les ont manipulés, de leurs quotidiens et de leurs désirs comme l'indique le titre de la série Rêve de soldat. Pierre Buraglio se saisit par le dessin de ces traces muettes comme on se cogne à la réalité persistante de ses objet et de leurs charges mémorielles.
« Guerre intime », selon le titre de l'exposition à l'Historial, ce travail de la mémoire qui raccorde des parts de souvenirs s'accomplit de manière personnel. Pierre Buraglio est né en 1939, son père est fait prisonnier et, à son retour, il emmène son fils en Normandie où il est chargé de la Reconstruction. Il y verra les Blockhaus. Le journal qu'il réalise sur ces années de guerre intitulé J1 – du nom des tickets de rationnement pour les enfants de 3 à 6 ans – comme ses notes sur cette période sont exemplaires d'une biographie qui fonctionne par recollements, bribes, associations d'images, de références, d'affects, de citations d'écrivains et de formules toutes faites que l'enfant entend. Matériaux avec lesquels il faut « faire avec » et cette mécanique combinatoire rejoint celle des autres œuvres de l'artiste, par delà le thème de la guerre.
Les fragmentations, morcellements des motifs et des supports renvoient à ce mouvement de la mémoire qui ne peut se clore. Ainsi les châssis partiellement couverts ouvrent sur le mur. Inachèvement prolongé par la pauvreté des matériaux - carton, bois - et les formes presque spectrales dessinées au crayon. La mémoire joue contre l'Histoire figée et désincarnée. L'histoire n'en est pas moins présente mais saisie au plus ras de la vie individuelle ou par télescopage d'un motif et de l'inscription d'un nom : deux casques avec les prénoms de Karl (Libknecht) et de Rosa (Luxemburg) qui est également celui de sa grand-mère paternelle. Figures de résistance à la guerre aussi et il n'est finalement question que de cela dans les œuvres de Pierre Buraglio. Dans la série des Apollinaire puis des mutins de 1917, le visage est enserré dans des pansements comme des croix qui mangent le visage : prise dans la machine de guerre, la persistance de la vie dont l'artiste indique les traces.



Romain Mathieu
 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
8 rue des Creuses 42000 Saint-Etienne

Horaires:
Mercredi – Samedi
14h – 18h
T: + 33 4 77 33 28 93