Trudy Benson

garden in motion

24 Mars - 13 Mai 2017

Paris



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Trudy Benson


 Les réflexions de Trudy Benson sur sa propre construction picturale sont similaires à celles de Jonathan Lasker, mais elles ne regardent pas dans la même direction. Comme elle l’explique, « La toile brute donne à la peinture une impression de flottement [et] l’aérographe fait apparaître des tâches, à la manière de Frankenthaler, qui font reculer [l’espace]. Puis les formes nettes, à la peinture acrylique, créent une légère profondeur. On a l’impression qu’on peut déplacer les différents éléments de la toile. »

Trudy Benson est également sensible au caractère changeant de l’image, mais elle crée un univers nettement plus vivant et cohérent. Elle ne peint pas comme si les années 1980 n’avaient jamais existé ; l’imprévu imprègne son travail, mais sans l’envahir totalement. Elle stipule vouloir que les composants de ses peintures ne soient « ni trop près, ni trop loin ». Alors que de nombreux artistes ont imaginé devenir spectateurs de leurs processus, la virtuosité picturale de Benson, par la façon dont elle assume ses actions sur la toile, revêt un caractère presque politique dans son insistance. […]
Cette force d’action s’inscrit dans la modification qu’apporte Benson à la stratégie de Lasker. Ce dernier affirme utiliser l’empirisme inspiré du Minimalisme afin de critiquer non seulement la stérilité formelle de ce mouvement, mais aussi sa logique hermétique. En d’autres termes, si l’on doit tenir compte des conditions matérielles, on doit aussi reconnaître, selon Lasker, que « l’imagination humaine va toujours invoquer ce qu’elle contemple de manière imaginative ». […]

Benson se positionne au croisement des perspectives littéraliste et optique, au croisement aussi des notions de « voir » et « ne pas voir », puisqu’en nous livrant des ouvertures à travers lesquelles regarder, elle ne nous offre que des vues partielles, elles-mêmes dissimulées par des formes superposées. Benson montre que par nature, la peinture nourrit de telles connexions. C’est là son modernisme : mettre au jour l’essence de la peinture, non pas comme un ensemble de normes ou de propriétés, mais comme un écho perpétuel à travers des relations continues, des adaptations de nombreuses références culturelles, même si la peinture affirme elle-même les composants – dont l’importance relative augmente et chute constamment – qui lui ont été associés tout au long du XXe siècle. La dialectique toujours changeante de la surface et de la profondeur des toiles de Benson allégorise la peinture et illustre un modernisme qui n’est ni étroit ni raffiné, mais vaste et curieux, permettant ainsi à la peinture de s’interroger sur elle-même, mais aussi sur le monde qui l’entoure.


Vittorio Colaizzi,
extrait de Quand le modernisme de Trudy Benson déchire, Éditions Ceysson, 2017.