FIAC 2016

20 Octobre - 23 Octobre 2016

Paris



ARTISTES :
André-Pierre Arnal
Pierre Buraglio
Louis Cane
Marc Devade
Daniel Dezeuze
Noël Dolla
Jean-Michel Meurice
Bernard Pagès
Jean-Pierre Pincemin
Patrick Saytour
Claude Viallat


 1966 - 1968 : La préhistoire de Supports/Surfaces

Pour la prochaine édition de la FIAC, nous nous permettons de proposer un projet rassemblant une sélection d’œuvres réalisées autour de 1966, il y a cinquante ans, par Louis Cane, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Bernard Pagès, Patrick Saytour, Claude Viallat et par Pierre Buraglio et Jean-Michel Meurice. Peu, voire jamais montrées, à ce jour, ces œuvres appartiennent à « l’archéologie » du Moment Supports / Surfaces. Mais elles en exposent et en manifestent déjà les principales caractéristiques. Les exposer, aujourd’hui, en 2016, comme pour la célébration d’un anniversaire, 50 ans après, apporte à l’histoire de l’art de cette période des correctifs inattendus et une contribution enrichissante.

1966 ouvre, à la création artistique française, trois années décisives : 1966, 1967 et 1968. Osons d’abord rapprocher des dates et des événements. 1964, Rauschenberg est sacré à Venise. Il y eut, racontait Ileana Sonnabend, « bien des pleurs sur la place San Marco ». La détresse française semblait insurmontable. 1966, la France quittait, c’était prévisible depuis quelques années déjà, le commandement intégré de l’OTAN. 1968, la révolution étudiante fit, certes, trembler la Ve République, mais suscita surtout la célébration par la jeunesse française de la musique, de la mode, de l’art des États-Unis, bref de l’American Way of Life accommodé à la pensée Mao Tsé –Tung.

L’actualité artistique, c’était les nouveaux réalistes, déjà « classiques », et les protagonistes de la figuration narrative défrayant la chronique par des prises de positions politiques qui se voulaient radicales. L’art optique et cinétique  dictait alors les standards du dernier chic ! L’art qui allait s’imposer à partir de 1967, échappait à l’actualité et aux chroniqueurs qui ignorèrent, pour la plupart, l’exposition Impact de Céret. Pourtant les prémices de BMPT et de Supports/Surfaces étaient là, bien visibles. BMPT se présentait, en décembre de la même année, comme la dernière avant-garde, celle qui achevait l’art avec le « dernier tableau ». Quelques éclats célèbres plus tard, l’utopie de la fin de l’art annoncée s’achevait. Ce qui allait devenir le Moment Supports/Surfaces perçait déjà dans les expositions contestataires de 1967 où se manifestèrent Louis Cane, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Bernard Pagès, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour. D’autres artistes, tels Pierre Buraglio et Jean-Michel Meurice, cheminaient dans des voies parallèles et s’employaient à s’insérer dans des expositions de groupe résolument abstraites se recommandant de Matisse et s’inscrivant dans le sillage de l’art américain. Tous ces artistes fréquentaient les galeries Lawrence et Sonnabend et visitèrent assidument l’exposition L'Art du réel, USA 1948-1968, présentée au Grand Palais, à la fin de 1968. Mettre fin à l’art et à son histoire n’était pas dans leurs intentions. Ils voulaient plus simplement retourner la pratique artistique à son mode opératoire originel, la débarrasser de ses effets superflus et sans nécessité - comme au XVe siècle certains s’étaient employés à retrouver les textes anciens ensevelis sous les gloses et les exégèses. Pour eux les attitudes, aussi romantiques pussent-elles être, ne « devenaient pas des formes ». Une théorie de l’art devait s’articuler à une pratique. Elle ne relevait ni de la croyance ni des intentions. Et n’avait pas à s’avilir dans l’idéologie. Leurs premières tâches furent de déconstruire le tableau et d’en travailler les constituants selon une nouvelle « grammatologie ». Ces partis pris ne visaient pas à retourner à la tribu primitive, à un état sauvage et naïf de l’art. Nulle nostalgie, chez eux, d’une Arcadie perdue. Le dessein de redonner à l’art sa capacité d’être un moyen de connaissance et constitutif de la connaissance les animait. On connaît les travaux, disons, « classiques » de ces artistes, même si d’aucuns feignent de les ignorer. Ils continuent de fasciner et de passionner de nouvelles générations d’artistes. Il suffit de parcourir les allées des foires et de pousser les portes de nombre de galeries de New York et de Los Angeles pour s’en convaincre.
C’est pourquoi remonter à ce point d’origine, 1966, des travaux des artistes du Moment Supports/Surfaces, est salutaire. On pourra constater, à la vue même de leurs reproductions ci-jointes, combien celles que nous souhaiterions montrer à la FIAC, conservent, aujourd’hui encore, leur fraicheur et leur vitalité de naguère. Elles imposent leur modernité. Ou, plutôt, désormais des propositions pour une nouvelle modernité.