Nam Tchun-Mo

Spring

17 décembre 2022 - 18 février 2023

Nam Tchun-Mo

Spring

17 décembre 2022 - 18 février 2023




 




À pleines lignes 

Le désir de la ligne

Lignes de vie  


                                                        

Cette première exposition de Nam Tchun-Mo à la galerie Ceysson & Bénétière de Saint-Étienne, et la troisième sous cette même enseigne, après celles de Paris en septembre 2020 et de New York au printemps dernier - est intitulée « Spring ». Le Printemps… en hiver pour rappeler à quel point la nature et le cycle des saisons sont importants pour l’artiste qui a toujours revendiqué ses origines paysannes. Né en 1961 près de Daegu en Corée du sud, Nam Tchun-Mo a en effet toujours rappelé que si le thème principal de sa démarche était la ligne et la façon dont celle-ci joue avec la lumière, les reflets, c’était en souvenir et en référence aux rainures des champs de tabac et de piment qu’il voyait, enfant, autour de chez lui et qui l’ont profondément marqué.


Pour votre exposition à la galerie Ceysson & Bénétière à Paris, vous aviez présenté à la fois des toiles et des tableaux en relief réalisés avec de la résine. Qu’est-ce qui vous avait conduit à juxtaposer ces deux pratiques ?

Pendant un an, en raison de la pandémie, tout a été arrêté. J’ai été obligé d’annuler plusieurs projets. Pour occuper et surmonter ce temps suspendu et étouffant, je me suis remis à la peinture, comme si c’était une évidence, comme une impérieuse nécessité, un devoir naturel. Il ne faut pas oublier qu’avant de travailler en relief avec de la résine, la peinture était mon medium principal, que je n’avais jamais complètement abandonné. Ces toiles, qui sont le résultat de touches libres et rappellent l’écriture calligraphique, sont donc la suite, le développement et la déclinaison de peintures plus anciennes. J’ai ainsi l’impression que le temps d’avant se prolonge dans ce nouveau travail, comme un trait d’union propre à créer des allers-retours et des liens constants entre mes œuvres anciennes et celles à venir. En fait, ces toiles récentes sont assez proches de mes tableaux en relief, de façon logique d’ailleurs puisque toutes mes pratiques, aussi bien la peinture que le dessin, l’installation ou le travail avec la résine s’articulent autour des mêmes thèmes : la ligne, la lumière, le mouvement, le rythme. Seuls les matériaux et les processus diffèrent, mais ma réflexion et ma démarche ne changent pas.


Justement, vous avez toujours dit que vos œuvres en résine varient beaucoup avec la lumière. En est-il de même avec vos peintures ?

Oui, la lumière est tout aussi importante mais elle joue de façon différente. Mes œuvres en résine accrochent la lumière, alors qu’elle est directement au cœur de la matière picturale dans mes toiles. C’est la peinture elle-même qui cette fois contient et condense la lumière, comme si elle était le résultat d’une mémoire d’une façon générale et également de ma propre mémoire. J’ai toujours recherché les lumières de mon enfance, ces lumières naturelles que je voyais dans les champs autour de chez moi, dans les rythmes lumineux accrochés par les lignes et les arêtes des sillons dessinés par la terre. En inscrivant la lumière directement au sein de la couleur et en jouant sur de subtiles variations, la peinture me permet la même approche et la même quête.    


Est-ce que ces toiles évoquent, elles aussi, des paysages comme c’est le cas avec vos œuvres en résine ?

Quelle que soit la technique et les matériaux que j’utilise mon travail naît toujours du désir nostalgique lié à la mémoire et aux souvenirs de ma vie. Un désir qui peut être aussi agréable et enveloppant qu’une brume de chaleur. Mon brushstroke, mon coup de pinceau qui anime la toile s’apparente pour moi au soc de la charrue qui laboure un champ. C’est une ligne qui se crée. Et qui crée quelque chose en même temps. Mon stroke line est donc déjà en soi un paysage.


Avec ces coups de pinceau, vous êtes resté fidèle à la monochromie caractéristique de vos reliefs en résine…

Pour mes œuvres en relief, j’ai utilisé plusieurs teintes, le rouge, le bleu, le vert, le blanc et le noir et ce toujours en monochromie. Avec la peinture j’ai voulu restreindre le nombre de couleurs, car en fait la diversité chromatique n’a pas une si grande importance dans mon travail. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la ligne. Avec le relief, je veux donner du volume à la ligne pour qu’elle crée des espaces et introduise la lumière. Avec la peinture, la ligne s’affermit et se renforce uniquement avec le geste, l’énergie, la spontanéité des coups de pinceau. Les touches se superposent ou se télescopent, ce qui donne toute sa tension à l’espace. Et ce sont justement les lignes monochromes qui se chevauchent et cheminent uniquement par le fruit du hasard qui vont révéler cet effet inattendu de plans différents.


Peut-on parler de répétition d’un même geste, d’un rythme ?

Oui, tout à fait. Cette répétition me permet d’échapper à une quelconque intention précise et artificielle, sans pour autant me bloquer dans un geste mécanique. J’ai envie de concevoir le mot « culture » dans le sens du verbe « cultiver ». « Cultiver » c’est la transition, le passage de la répétition à la différence. Moi, je cultive donc cette répétition comme on cultive un champ, c’est-à-dire toujours de la même manière, mais avec cependant toujours une part d’aléatoire et donc de nouveauté. Car la répétition n’exclut pas la différence. Paul Klee parlait de « Nature naturante », c’est-à-dire de la création comme genèse. En ce sens le temps est toujours un temps à venir. Le temps sans commencement ni fin.


À Saint-Étienne, vous avez fait le choix de montrer toute la diversité de votre manière de jouer avec la ligne, avec des peintures, des tableaux en relief et de grandes installations…

Lorsque l’espace m’en offre la possibilité, j’aime bien donner encore plus de liberté et de volume à la ligne notamment par des installations monumentales. Ici, l’espace de la galerie, muséal, s’y prête et m’a donné l’idée d’installer ce type d’œuvres et notamment une grande suspension qui libère totalement la ligne en la faisant flotter dans l’espace et bouger au moindre courant d’air, comme si elle était en apesanteur. C’est encore une autre version de son approche, un autre aspect de son évocation qui la rend cette fois presque immatérielle. À propos de Paul Klee, Henri Michaux écrivait : « Une ligne pour le plaisir d’être ligne, d’aller, ligne », « Une ligne rêve. On n’avait jusque-là jamais laissé rêver une ligne ».



Propos recueillis par Henri-François Debailleux






 




Artiste de l'exposition : Nam Tchun-Mo


Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
10 rue des Aciéries
42000 Saint-Étienne


T: +33 4 77 33 28 93