Vue

Bernard Pagès

ÉCHAPPÉE - Œuvres 1968-2018

17 Mars - 19 Mai 2018

Wandhaff



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Bernard Pagès


 Déterminé dans sa quête de la juste conjonction, Bernard Pagès livre des œuvres résolues. Ajustées. Souveraines. Leur mesure est le iota et l’éternel. Rien ne vacille, tout y est. Au Japon, il eût été intégré dans cette “École des Choses” (Mono-ha) au sein de laquelle des artistes géomètres investiguent les qualités intrinsèques des matériaux afin de sonder les rapports et les relations qu’entretiennent ces derniers entre eux. Il y a quelque chose de phénoménologique dans cette manière subtile d’entretisser des formes et d’expérimenter des liaisons qui nous font plus que récipiendaires, témoins.
À la suite des recherches de Vladimir Tatline sur l’espace et de Juan Gris sur l’assemblage, Bernard Pagès élève des œuvres présidées par la nécessité. En chacune d’elle tout est à sa place, comme si cette place fût nécessaire. Cette sculpture, d’apparence chaotique, est un enchaînement de formes rigoureuses, quand bien même seraient-elles éclatées, dressées, démembrées. Elle désigne un monde qui, débarrassé d’Euclide et de Copernic, n’en serait pas moins méthodique et logique. Un monde non pas sens dessus dessous, mais implacable, gouverné par un ordre. Sous la dispersion, l’ordre ici gouverne. Un ordre qui ne cadenasse pas le regard mais déploie des dimensions rêvées, des échappées atmosphériques.
À la différence du rêve, ici rien n’est caché. Tout est dit, obvie. Les choses disent leur nom. Les matériaux ne se dérobent pas, les mots non plus. Pas d’illusionnisme, de pirouette rétinienne, de passe-passe, juste des formes qui se donnent d’emblée. L’ordre, non comme une semonce ou une servitude. L’ordre, comme un arrangement imparable.

Colin Lemoine
Extrait d’En ordre de dispersion, texte du catalogue publié par le domaine de Kerguehennec, juillet 2017