Franck Chalendard

CONTRAILS

17 Septembre - 15 Octobre 2016

Paris




Artiste de l'exposition : Franck Chalendard


 Il y a une sorte de mystique à l’œuvre dans le travail de Franck Chalendard. Chacune de ses séries semble progresser en spirale, questionner la peinture de façon légèrement paradoxale, en l’inscrivant dans le fini d’un nombre déterminé de tableaux, en général celui que permet la disposition physique dans l’atelier, et tend vers un inachevé, celui de l’illimité de sa déclinaison. A l’intérieur même des séries chaque toile se prolonge dans une autre jusqu’à suggérer un au-delà possible, dans une sorte de déroute du regard. On connaît sa grammaire de flaques de couleur, de nappes, de ronds, de carrés, de plates bandes, d’entrelacs, de guirlandes, de canevas, de décalcomanies et de contrepoints, autant de séries différentes qui lui permettent d’entrer au cœur même de la peinture. Dans cet épuisement des variations possibles, dans cette expérimentation renouvelée des possibilités de l’abstraction, se créé un creusement en spirale vers une sorte de vide qui serait l’Essence même de la peinture, un désir un peu mystique, porté par l’ascèse évidente de sa pratique, de débarrasser la peinture de tout ce qu’elle pourrait charrier d’anecdotique. Travail rigoureux mais qui ne refuse pas la séduction de la couleur, contenue à sa matérialité de surface colorée sans valeur symbolique, et qui se tient à distance du geste, loin de tout expressionnisme, de tout lyrisme, de toute expression possible de soi.

La série récente des graphes entre dans cette progression. On retrouve sur les surfaces monochromes des fonds peints les mêmes flaques de couleur appliquées d’un geste libre du pinceau, mais entrent alors en dialogue avec elles des traits peints à l’aérosol. Ces traits qui, dans de précédentes séries portaient encore la trace matérielle du passage du pinceau sur la toile et affirmaient le poids historique de son utilisation en peinture, se sont libérés du contact physique de l’outil dans son application sur la toile. Belle mise à distance du geste, degré supplémentaire sur le curseur du peintre pour montrer, dans une sorte d’humilité agissante, ce détachement progressif du corps à corps qu’entretient tout peintre avec le support et les matériaux traditionnels de la peinture. Mais ce détachement n’annule pas l’émotion née de la couleur, on est encore pris par ces étonnants parcours de lignes peintes au graphe aérosol, l’œil en suit le tracé comme il aurait pu suivre celui d’un bois incandescent agité dans la nuit, quand toute la surface du tableau s’illumine de ce dessin de persistance rétinienne, de cette trace de rémanence de la couleur. Des lignes qui débordent du cadre et finissent dans un néant extérieur au tableau, en suivent parfois les angles comme empêchées d’en déborder, ou se tiennent toutes entières sur la surface de la toile. On devine le jeu à l’œuvre dans ces arabesques gauches, celui du geste de la main qui a pris la prééminence sur l’œil, suit le désir de la main et son aptitude à devenir outil. L’œil peut se défaire alors de sa rationalité répressive, celle dont parlait Barthes à propos de Cy Twombly, la main seule guide le trait. Peinture de gaucher, peinture en aveugle, on pense à cela, oui, hésitant entre la simple trace d’enregistrement du geste et la trace-signe déjà, dans cette indécision qui, associée à la couleur, permet la séduction, celle qui surgirait d’une lumière sans lumière.

Et dans ce creusement en spirale, dans ces déclinaisons successives dans le travail de Franck Chalendard, la peinture toujours. Cette présence qui nous place au delà du plaisir esthétique, dans l’épiphanie de ce que l’on voit d’elle.

Bernard Collet 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
23 rue du Renard 75004 Paris

Horaires:
Mardi – Samedi
11h – 19h
T: + 33 1 42 77 08 22