Lauren Luloff New Growth

17 Mars - 14 Mai 2016

Genève



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Lauren Luloff


 La peinture de Lauren Luloff est empreinte d'une douceur qui semble se mouvoir au gré du vent et de la lumière. Dans le même temps, le mouvement se fige, comme si le monde s'arrêtait soudain de tourner.
Les supports sont classiques : des baguettes en bois de pin et du matériel ordinaire. Ce qui change, c'est que Luloff nous invite à les voir. Ses tableaux se renvoient à eux-mêmes, soulignant sans cesse leur état de « peinture-non-peinture ». Les surfaces vont de l'opaque au transparent, en créant un décalage de la perception des plans et de l'organisation picturale. Luloff crée souvent des dessins de plantes, des motifs et des personnages avec du tissu javellisé, qu'elle découpe pour les recomposer en quelque chose qui ressemble à des collages tendus.

Les dimensions de ses tableaux vont de la taille monumentale au format portrait, comme si Luloff dilatait ou contractait la même vue à travers le diaphragme d'un objectif photographique. Chaque rencontre avec un tableau est tout d'abord comme un coup de poing ; une image puissante s'impose à nous, mais peu à peu, les œuvres révèlent une atmosphère brumeuse avant d'offrir au spectateur une deuxième ou une troisième option de regard.
Cette manière de faire de Luloff n'est pas issue d'une école particulière, ni d'une tradition de la peinture américaine. Ses racines semblent plongées dans la tradition du « live-work » de New York. Une simple habitude qu'ont les artistes qui semblent attirés vers de grands lofts industriels d'abord dans le centre de Manhattan puis de Brooklyn avant qu'un processus de gentrification ne les pousse progressivement loin du centre. Ces espaces ont poussé les peintres expressionnistes abstraits et les Pop Artists à passer de leur chevalet à une échelle monumentale. On retrouve souvent cette dimension dans le travail de Luloff, la dimension du loft.

La plupart des spectateurs ne le voient peut-être pas immédiatement, mais Luloff cultive une profonde relation avec son loft de Bushwick, au cœur de Brooklyn. Durant ces dix dernières années, Luloff a fait de cet espace le foyer de son travail. Des plantes y poussent devant de larges baies vitrées donnant sur le grondement des rames de métro. Les tissus y sont empilés sur de rustiques étagères, et un atelier de menuiserie est installé derrière des rideaux. Et après avoir travaillé, Luloff passe dans un espace à vivre improvisé ; un piano, une baignoire et un poste d'eau relevant plus d'une installation de fortune que d'une véritable salle de bains, composent son intérieur. Dans les tableaux de Lulloff, on perçoit le confort et la familiarité de son intérieur, sublimés et placés directement dans ses peintures.
Luloff dilate et étend le sens de son travail en associant une langue vernaculaire de tous les jours aux structures de l'abstraction moderniste. La complexité des plans abstraits dans ses tableaux, les motifs, les tissus tendus jusqu'aux bords et le poids, jouent chacun un rôle sur la surface de ses tableaux. En définitive, chacune de ses œuvres est à la fois substances éthérées et solide matiérisme ; un univers qui n'est autre que celui de Luloff.

Wallace Whitney