Patrick Saytour



17 Novembre - 23 Décembre 2017

New York



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Patrick Saytour


 La singularité de la vision picturale de Patrick Saytour le conduit à soumettre des matériaux peu conventionnels tels que des tapisseries, du goudron, de la colle, du bois, de la corde, des jouets en plastique ou de la toile à des actions diverses telles que plier, découper, rogner, accrocher et brûler. A l’instar d’œuvres conçues à Paris et Nice pendant la période de bouleversement politique et intellectuelle de la fin des années 1960, les peintures de Saytour –et il s’agit bien de peintures- inversent support et surface, matérialisant les deux pour les rendre contingents, contextuels et déterminés par leur environnement, qu’il s’agisse du « white cube » ou des rues et plages de Nice.

Au sein du groupe Supports/Surfaces, Patrick Saytour a toujours occupé, délibérément, une position marginale et critique. Le thème de deconstruction est primordial dans sa technique–en se détachant d'une idéologie politique ainsi que du canon de l'histoire de l'art, Saytour questionne tous les ingrédients de la conviction au sein de l'artiste et son pratique. Rien n'est acquis, rien n'est évident.

L’exposition met en avant la cohérence de l’approche de Saytour ainsi que la diversité de ses effets en établissant des parallèles entre ses pliages à base de goudron sur tissu de 1969 et des œuvres similaires de 2017- des grilles de formes symétriques obtenues grâce à un processus aléatoire de plis et teinture. Cette approche anarchique et discursive de la matière est également mise en évidence dans ses Trophées de 2004, pour lesquels il utilise bois et panneau d’aggloméré –des éléments « supports » typiques- comme matières « surfaces » découpées et suspendues au mur par un fil. A la différence d’un contre-relief de Tatlin ou d’une construction de Tuttle, ces « trophées » ne défient pas les lois de la gravité ou de leur médium, mais les soumettent à l’ironie cinglante du regard deconstructiviste de Saytour. Ses récents brûlages –pour lesquels il teint, brûle et perfore des pans de tissu- sont encore une autre affirmation de sa démarche paradoxale et transgressive. Bien que ces œuvres aient une dimension presque sculpturale, elles sont visuellement traversées par l’espace environnant et les murs qui les soutiennent, une intrusion matérielle qui ne fait qu’accentuer leur dynamisme optique. Ici, la peinture est à la fois un objet de contemplation esthétique désintéressée et un objet de connaissance Althusserien.

Si jamais un artiste a donné du crédit à l’affirmation provocante de Duchamp selon laquelle toute peinture à l’ère du pigment industriel était un « ready-made assisté », c’est bien Saytour. Pourtant, il nourrit la stimulation rétinienne décriée par Duchamp, ce qui le rapproche davantage de Matisse. En effet, les matériaux simples et non-artistiques ainsi que les procédés ironiques auquels Saytour recourt n’ont cessé de faire contrepoids aux effets décoratifs qui submergent certains de ses compatriotes. Nous devrions pourtant être reconnaissants, car aujourd’hui plus que jamais, il est crucial de questionner ce que nous voyons, de distinguer entre images et objets, supports et surfaces. Ce que Duchamp et Matisse ne manqueraient pas d’approuver.

Liam Considine, octobre 2017.