Pierre Buraglio

PB, 1978-2018

07 Mars - 27 Avril 2019

New York




Artiste de l'exposition : Pierre Buraglio


 Pierre Buraglio n’est pas un puriste : son approche est pratique et non essentialiste. Depuis cinquante ans, l’artiste utilise ce qui est à portée de main, produisant des peintures à base d’agrafes, de clous, et de collages d’objets prélevés dans son environnement immédiat (et plus récemment, des représentations picturales de ces objets) tout au long d’une carrière mouvementée qui se caractérise par un rapport subtilement érotique à la matière et aux individus impliqués dans cette production matérielle.

Cette méthodologie apparaîtra familière aux partis prenantes des récents débats sur la peinture américaine, et pourtant Buraglio a été fort négligé dans ce pays. L’actuelle exposition à la galerie Ceysson & Bénétière, qui rassemble une sélection de ses œuvres historiques mises en regard de sa production picturale plus récente, sera la première occasion pour de nombreux visiteurs new-yorkais de découvrir l’œuvre de cet artiste apparemment contradictoire, qui circule librement entre les catégories stylistiques établies par notre monde virtuel de plus en plus fragmenté et détaché.

En effet, les « Fenêtres » et les « Masquage Vide » de Buraglio sont discrètement érotiques, au sens du rapport à une intervention humaine, largement évoquée par ces ouvertures malgré l’absence apparente de figures humaines. Ces œuvres inversent la logique de l’objet utilisé pour garder à l’extérieur.

Pierre Buraglio récupère ces fenêtres, au départ fabriquées par des charpentiers ou sur des chaînes de production par des ouvriers en usine, et les transfigure, pour les inscrire dans la longue histoire du verre architectural utilisé comme support narratif. Encadrées par le bois involontairement chargé d’histoire de ces fenêtres, de nouvelles vitres sont maladroitement posées dans ces enclos récupérés. Tel l’alcool dans un parfum, les vitres industriellement teintées que Buraglio insert dans ces carcasses fragmentées créent un objet nouveau quoi qu’inutile, permettant à l’œuvre de fonctionner comme une peinture sur le mur d’une galerie, et non plus, de manière singulière, comme une ouverture sur un autre monde. Elles deviennent alors apaisantes, comme une erreur que l’on aurait corrigée.

Alors, que penser des images présentes dans ces autres œuvres ? Un souvenir est bricolé à partir de petits morceaux de contreplaqué approximativement découpés et peint avec des murs de briques rouge, qui orne des balustrades noires soutenant d’anodins paysages marins, le tout étant cloué sur de vieilles feuilles de zinc récupérées, comme autant de flashs publicitaires venant interrompre un monochrome métallique. Dans d’autres œuvres, le bleu cobalt et le vert émeraude des « Fenêtres » apparaissent à nouveau, cette fois comme des aplats de peintures soulignant la ligne d’horizon, le ciel et les champs d’herbe.

Si les « Fenêtres » sont une plaisanterie présentant l’artiste en architecte d’ouvertures vers l’âme, la chute en est soigneusement peinte à la main et étonnement sérieuse. Rusé, Buraglio met au défi le visiteur d’abandonner ses prétentions à un style cohérent au profit de la mémoire, utilisée comme principe organisateur : une mémoire qui, dans son cas, se rapporte à des genres artistiques. Il s’agit d’une mémoire contenue dans la matière même : l’aperçu donné par la balustrade ; la barque venue d’un passé préindustriel diaphane ; le ruban de masquage utilisé pour faire une peinture que nous ne verrons jamais ; des fenêtres fabriquées à la main, qui ne le sont plus aujourd’hui ; et, de manière encore plus marquante, l’élément peut-être le plus agréable de cette mémoire: sa perte.

Une perte qui se rapporte également à la fin de Paris comme épicentre de l’avant-garde, à sa capitulation face à New York, et au demi-siècle suivant de ressentiment français. A l’heure de ce qui semble être le dernier acte de la Pax Americana, le temps est peut-être venu pour l’épicentre de se déplacer à nouveau…



Erik Lindman, 2019 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
956 Madison Avenue 10021 New York

Horaires:
Mardi – Samedi
11h – 18h
T: +1 646 678 3717