Jim Peiffer

Interlude - Peintures, Sculptures, Dessins

14 Décembre 2019 - 15 Février 2020

Wandhaff




Artiste de l'exposition : Jim Peiffer


 Jim Peiffer est né le 11 août 1987. En 2014, il obtient le Bachelor de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels La Cambre Bruxelles, option Dessin. Jim Peiffer vit et travaille à Luxembourg.
Jim Peiffer ne se contente pas de répéter inlassablement ses motifs de prédilection. Bosch, les Surréalistes, les artistes de la mouvance de Basquiat, les architectures structurées, les paysages quasi chiriciens, il sait les délaisser. Comme il sait se hasarder hors des heureuses précisions de son dessin, parfois vif, toujours minutieux. Le prouvent ces trois œuvres montrées, ici, à Art2Cure. Le retour du même, il le sait, n’exorcise que le temps, mais ne comble pas toujours ses attentes. Affronter la « représentation », un sujet, le motif ainsi que l’on disait naguère, offre d’autres satisfactions. Les sensations, les sentiments éprouvés éveillent une expressivité qui n’a d’intérêt que si elle est formulée dans une configuration formelle cohérente ajustée à une tradition nécessairement révisée dès lors que sollicitée. On a très vite envie de citer Van Gogh, duquel la fougue de l’écriture de Jim Peiffer semble le rapprocher : « avec le vert et le rouge, je veux tenter d’exprimer les terribles passions humaines ». Mais, Jim Peiffer sait, comme le poète, qu’il doit chercher sa rime. C’est pourquoi, il porte la couleur à son intensité en ajoutant à l’acrylique la matière grenue du pastel. Et il étale la couleur avec une vitesse donnant au Paysage présentée à Art2Cure cette vision de ce que, lorsque nous roulons en voiture, le parebrise semble projeter sur nous et que nous devons contrôler. Vlaminck, après le Fauvisme, sut ménager de tels effets. Mais il n’avait pas le sens de ce que les artistes du Quattrocento toscan nommait la commensurazione, terme intraduisible, mais qui pointe bien, la proportionnalité, la hiérarchie, et le placement de ce qui est figuré dans l’œuvre, de ce qui s’ordonne, en harmonie, avec son espace et le charme – disons ici l’expressivité – de la couleur. On notera, dans cette œuvre, comment par le tracé schématique de maison, des bords de la route et de la bande médiane discontinue, la vitesse de perception est accélérée. Jusqu’aux confins d’une sorte d’angoisse irrépressible, accentuée par les éclats d’orangé, illuminant des arbres où passe comme un souvenir de ceux fleuris, au printemps, qu’a peints Klimt, tout soudain déportés dans l’espace insaisissable de Munch. Dans le Personnage assis et le Nu à la tête invisible ou tranchée, motif propre au thésaurus de l’artiste, se retrouve la linéarité décisive des contours, gage d’une liberté, quand même maîtrisée. Car l’apparente spontanéité est le résultat de jours et de jours d’attelage à la table à dessiner. La liberté expressive est garantie, en quelque sorte, par le contour qui la contraint. Bref, comme notre liberté l’est par la loi démocratique. C’est cela aussi la commensurazione. Deux remarques encore. L’art de Jim Peiffer ne vient pas de rien, mais d’une sorte de familiarité avec l’art et son histoire qui me porte à voir, dans le Nu, une sorte de reprise d’un portrait d’Yvette d’Auguste Chabaud, tenté par la couleur de Lindner et sa propension maniaque à « robotiser » ses nus dans une géométrisation rappelant certaines figures des flippers. Je sais, cette référence est anachronique, Chabaud ne pouvait pas deviner Lindner. Mais Jim Peiffer le peut. Sans même le savoir ? Le Zeitgeist ? Soyons sérieux, mais il y a de ça ! Quant au Personnage assis, sa présence est carrément mise en relief par le grand aplat rouge du fond dont qui le regarde éprouve, tactilement, la matérialité. Comme nous la fait éprouver le bleu des monochromes d’Yves Klein, pourtant en chemin au-delà de la surface vers l’immatérialité de l’infini. Mais contrairement à ce qui se passe chez Klein, c’est ici les limites du plan coloré qui exalte ici le rouge en le retenant par la tension heureusement née de la commensurazione recherchée. Retournons au Personnage assis ! La tête en bas, on songe à Baselitz : un Baselitz concentré dans un format qui nous assure, à nous qui regardons cette œuvre, d’une monumentalité que seul Jim Peiffer parvient ainsi à rendre réelle et « véritable ». Nous éloignons-nous ainsi d’une contemporanéité qui marquera notre temps ? Je ne le crois pas. La douleur et la charge d’être au monde sont bien davantage exprimées par des œuvres, apparemment en retrait du main stream. Parce qu’elles en défient les compromissions ! La commisération compassionnelle, à la mode, privilégie des images étrangement similaires aux « scènes » de genre de l’art académique que ne sauvent pas des installations sans bancs ou avec bancs, des fumées sans feu et des vapeurs sans brouillard.

Bernard Ceysson
Avril 2019 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
13 - 15 rue d'Arlon L8399 Wandhaff

Horaires:
Mercredi – Samedi
12h - 18h
T: + 352 26 20 20 95