Vue

Louis Cane



29 Octobre - 12 Décembre 2020

Paris




Artiste de l'exposition : Louis Cane


 La touche de pinceau est comme le sens en écriture

Aux côtés de peintures résines et abstraites, Louis Cane ne manquera pas de surprendre les visiteurs de son nouveau solo-show, avec la sculpture d’une femme nue aux bras le long du corps, droite, franche et fière. En bronze et de grand format, elle est à considérer dans son acceptation première et évidente, affirmant son pouvoir par sa simple présence et l’éventuel embarras frontal qu’elle pourrait provoquer chez ceux qui la regardent.

Redéfinir ce qu’est une femme nue en sculpture. Est-ce bien différent des préceptes que l’artiste avait développés à la fin des années 1960 avec le groupe Supports/Surfaces, qui consistaient à revenir à l’essence des matériaux et des signifiants ? Notre amazone est présentée ici sans les artifices ou autres mythologies qui ont habillé l’histoire de l’art, « sans plis naturalistes », retournant à l’origine d’une femme nue en art. C’est un sujet qu’il a, par ailleurs, beaucoup employé dans ses tableaux, oscillant depuis les années 1980 entre figuration et abstraction, au cœur d’un va-et-vient qui a pu en décontenancer plus d’un. Louis Cane a choisi ici d’exhiber son modèle entourée de peintures abstraites qu’il définit lui-même comme « classiques ». Il relit son propre vocabulaire de toiles tamponnées, tout en concédant des hommages à Claude Monet, Willem de Kooning, Joan Mitchell ou la lignée d’un Simon Hantaï. Il s’agit évidemment d’un prétexte à pouvoir réfléchir à l’acte de peindre et à la pertinence de poser un matériau sur une toile. « Je ne cherche pas dans ces œuvres, précise-t-il, à jouer l’originalité. Au contraire, je m’empare du registre du pinceau classique qui confère, à chaque fois, un résultat différent. La touche de pinceau est comme le sens en écriture et chaque geste peut être poli ou lâché. J’aime quand les tracés sont un peu incongrus ou presque barbares, mais les miens demeurent au final assez policés... ». Nous ferait-il croire qu’il souhaiterait être plus expressif et se sentirait emprisonné par un héritage pictural trop fort ? Ou bien est-ce une nouvelle facétie de sa part ?

Ce travail sur la matière et le support est également exploité dans la série des résines, développées depuis deux décennies. On y relit des motifs familiers de l’artiste, à savoir les fenêtres ou plus largement la grille, même si ces dernières créations sont enrichies « d’une surface gustative, qui vient sur le bout de la langue » et ornées de roses gourmands… C’est un corpus qui se dévoile par ajout ou retrait, construit de concentrations de pâtes et de respirations alvéolaires. Si l’on peut encore oser un parallèle avec l’auteur des Nymphéas, que Louis Cane ne renie pas, ces œuvres nous engagent à toujours mieux comprendre son rapport à la peinture. « Je peux, par exemple, m’interroger sur la temporalité de la touche, poursuit-il. Plus elle est vive, rapide, efficace, voire barbare, moins elle vieillit. Mais alors, elle produit moins d’effets, même si Claude Monet, plus délicat, nous offre de grands effets picturaux savoureux. » Quant à analyser si son propre travail serait appétant ou plus lâché, il concède qu’il joue sur les deux registres et pense alors à Paul Cézanne, au trait tout autant délectable que parfois hâtif. « De temps en temps, il représente un tronc d’arbre de manière même torchée, mais cela est difficile à voir car la figuration vient le justifier. » Le choix des mots est tout autant réfléchi que l’est la pratique d’atelier et, entamant sa sixième décennie de carrière, Louis Cane n’a cessé d’excaver ces questionnements.

D’autres sujets récurrents sont ceux de l’analyse et du jugement. Ayant imposé des changements de styles radicaux depuis le début de sa création, alliant le kitsch au plus minimal, le plus délié au plus tenu, quand bien même ses œuvres des années 1960-1970 lui auraient assuré une fortune critique immédiate - mais peut-être était-ce trop facile ?... – il cite souvent Witold Gombrowicz et l’existence de facteurs objectifs pour jauger d’une œuvre d’art. À savoir si la pièce a produit de la beauté, si elle est rare, si elle peut conduire à la surprise du spectateur ou se révéler formellement intéressante. « Ces critères demeurent, conclut Louis Cane, et sont presque universels, mais plus personne ne veut les employer et il est vrai qu’à un moment, on s’est heurté à une sorte d’autoritarisme des censeurs qui pouvait faire tomber dans le piège de vouloir plaire… Aujourd’hui, certaines beautés fonctionnent sur le marché de l’art, mais elles sont un peu dragueuses, un peu foraines ou exhibitionnistes. Au final, la vraie difficulté demeure d’être honnête dans son travail, mais souvent, on ne peut le constater que des années après… ». Ainsi Louis Cane a choisi de présenter une sculpture figurative également pour évoquer son rapport à la peinture abstraite. Toujours un peu cabotin ou, d’aucuns l’ont pensé, autodestructeur, il teste son public avant de concéder à bien vouloir lui parler d’art.

Marie Maertens, septembre 2020

 



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