Max Charvolen

L’espace autrement

12 Septembre - 19 Octobre 2019

Saint-Etienne




Artiste de l'exposition : Max Charvolen


 Pas de postures, des peintures !

Max Charvolen a une double formation en art et en architecture. Il a enseigné une très grande partie de sa vie à l’École d’art de Marseille-Luminy, d’abord dans le département environnement design, puis dans celui d’art. C’est là que j’ai eu la chance de le rencontrer.
Charvolen venait de Cannes (il y habite toujours) et a dès le départ été actif dans le milieu artistique niçois où il fonda avec Louis Chacallis le groupe 70 et fréquenta Dolla, Alocco, Maccaferri, Isnard, Miguel, le critique Raphael Monticelli et bien d’autres.
A Marseille, Charvolen travailla aux côtés de Claude Viallat, Toni Grand, Christian Jaccard, Kim Soun Gui, mais il resta éloigné de Supports-Surfaces.
Il ne venait ni de la même région (le Gard protestant!), ni de la même pratique. Lui venait du volume et de l’espace, eux venaient du plein air et de… la surface. Ils étaient protestants et taiseux. Il était taiseux et marxiste.
Au début de notre rencontre, j’avais du mal avec ses tissus découpés, recousus, colorés d’un côté et d’un autre puis étalés, mais je voyais bien qu’il s’agissait d’un jeu entre dehors et dedans et de mise-à-plat. Les couleurs n’étaient là que pour marquer le matériau. Il y avait beaucoup de précision et peu de sensualité

Au fil des années, le travail de Max Charvolen a évolué mais lentement, dans l’obstination et l’approfondissement. Il est devenu plus sensuel et plus pictural aussi.

Le principe est simple. La suite beaucoup moins.

Charvolen choisit ou se voit proposer une maison, un lieu, un fragment de bâtiment, une façade, bref un bâti avec ses volumes plus ou moins compliqués : il y a des passages, des couloirs, des seuils, des escaliers, des soupentes, des recoins, des plafonds, des poutres, des balcons. Après reconnaissance des lieux et choix de la dimension du travail, il va soigneusement fixer sur ces volumes de la toile en la collant et en l’enduisant de couleurs de manière à différencier les parties composantes, leur usage (monter, passer, séjourner, regarder, ranger, etc.), leur orientation (droite-gauche, haut-bas, points cardinaux, etc.). Il fait en quelque sorte, un relevé d’architecture mais la toile à la main.
Tout cela demande plusieurs visites, du temps, des allées et venues. S’ajouteront les traces d’autres personnes si le lieu est encore utilisé ou visité, ou les marques de l’extérieur, des salissures, les tribulations du décrochage quand le processus sera venu à son terme - quand Charvolen décidera d’en faire une « peinture », en passant de trois à deux dimensions.

Je ne me lancerai pas maintenant dans la description encore plus compliquée qu’on imagine, des opérations de décrochage, de la mise à plat, de l’inventaire des éléments, de leur marquage pour leur présentation dans un espace de galerie, de centre d’art ou de musée, où il faut tenir compte de dimensions encore différentes, des cimaises et de leurs éclairages, des circulations et de je ne sais quoi encore. Les photos des zones de stockage des peintures de Charvolen dans son atelier sont parlantes avec tous ces morceaux de toiles repliées sur elles-mêmes d’où pendent des ficelles et des étiquettes identifiant chaque élément.

Vous me direz : ce n’est que cela ? Ce n’est que la mise à plat du « moulage » d’un volume en trois dimensions avec ses articulations ?
Oui, ce n’est que cela...

Sauf que Charvolen déploie cette ingéniosité :
1) pour ne pas passer par une quelconque image, fût-elle involontaire ;
2) pour ne pas réaliser quoi que ce soit d’arbitraire et de gratuit ; la logique de l’espace s’impose seule ;
3) pour ne rien exprimer – sinon un enchantement coloré de plus en plus matissien mais par principe distancié par la neutralité de la démarche et l’abstraction des formes ;
4) pour ne rien faire de « personnel », ni d’expressif ;
5) pour ne rien invoquer d’immémorial ni de trace – attention, rien de « pariétal » ! - ;
6) pour produire des formes désarticulées et un ensemble pictural, lui, articulé.

Vous me direz encore : quel programme ascétique !
Je dirai de nouveau oui.
Sauf que chez Charvolen l’ascèse n’a rien d’une posture. C’est le principe au cœur de la démarche. Beaucoup d’artistes pratiquent l’ascèse et cherchent la distanciation, mais en se prenant au jeu de la pureté, ils en font une posture affectée qui met mal à l’aise parce qu’elle introduit trop d’eux-mêmes.

Il est extraordinairement difficile de produire en art des objets à la fois aussi rayonnants et exempts d’artifices que ceux de Max Charvolen : ils en acquièrent ce que je ne peux guère appeler que « présence ».

Yves Michaud
le 9 juin 2019





 



Informations Pratiques

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8 rue des Creuses 42000 Saint-Etienne

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