Yves Zurstrassen

Ten Years

10 décembre 2022 - 25 février 2023

Yves Zurstrassen

Ten Years

10 décembre 2022 - 25 février 2023




 

10 ANS


Découvrir un tableau d’Yves Zurstrassen, le « voir » c’est, d’abord, glisser, danser peut-être… sur une surface, puis plonger dans un univers de relations infinies pour remonter vers le plan, changer de direction et de vitesse, retrouvant la profondeur, ébloui par l’intensité d’une couleur qui ouvre l’espace.

Dans ses peintures il y a souvent l’histoire de sa peinture à travers les inventions qui furent les siennes, au cours des quarante ans écoulés, et l’histoire de la peinture qui, chez lui, n’est pas une « nature seconde » mais la nature même dans laquelle il baigne, il « nage » comme le dirait Herman Melville pour l’écriture. S’il ressaisit ces éléments, ce n’est pas pour les citer mais, à chaque fois, pour les retourner, comme on le dit des doigts d’un gant, les réinterpréter pour faire naître des formes nouvelles. Il se sert du papier, de la peinture, il use du collage, du dé-collage, aujourd’hui, pour cette exposition, du « recollage » ; il emploie la photo, les outils numériques pour, comme un musicien, imaginer des solos, des leitmotivs, des chorus afin de faire résonner « sonner » le lieu qu’il habite : celui de la peinture… de ce lieu-dit : peinture.

L’étrangeté, la beauté, l’énigme de son œuvre est d’être, à la fois, une archéologie, une architecture et un évènement inédit qu’il crée et qui se dévoile dans chaque tableau.

Si vous échangez devant ses travaux, avec des amis, vous pourrez évoquer, sans être anachronique Matisse, le cubisme, Kurt Schwitters, Roy Lichtenstein ou, plus près de nous, une abstraction contemporaine née dans les années 1970 : Jonathan Lasker, Helmut Federle, Marc Devade. Vous pourrez aussi convoquer quelques souvenirs inoubliables de promenade d’architecture dans les créations de Le Corbusier, Sert, Van de Velde mais ce n’est pas dans ces dialogues que se trouve sa position ni l’esprit de son œuvre. Elle emprunte des chemins, qu’il parcourt pour se les approprier, afin de les interpréter, les « défaire », enfin… les oublier pour construire sa partition, son attitude mentale qui est de préparer l’irruption de la surprise. Il l’affirme clairement : « J’ai besoin de casser le système que j’ai moi-même construit. J’ai besoin de ce rythme : affirmation, répétition, rupture. Mettre en question les systèmes que je développe m’enrichit, me recharge, me permet d’exister. » J’y vois le principe vitaliste qui anime son œuvre. Il se rapproche de la neurobiologie, de la neurogénétique qui font de l’expérience de la surprise, un des processus essentiel de notre activité neuronale, fuyant l’anémie cérébrale. J’y devine l’origine de cette joie qui rayonne dans son œuvre lui évitant d’être le copiste de lui-même.

Cette exposition en est un bel exemple où il propose, dans ses créations récentes, une étonnante suite de travaux de petite dimension où il abandonne sa technique sophistiquée des « décollages » pour une nouvelle aventure qu’il intitule les « re-collages », fruits d’un mixage entre « collage et décollage » générant ces nouvelles œuvres, à la liberté et au rythme endiablés comme l’est un solo d’Archie Shepp ou une improvisation de Joëlle Léandre dont il se nourrit.

Plus surprenant encore sont les apparitions, de plus en plus fréquentes dans ces derniers tableaux, de formes qui sont, peut-être des images, à peine nommées. S’agit-il d’objets, de livres accumulés ou d’une extrême densité urbaine ?

Malgré l’esquisse d’un titre, ont-elles un nom ? Elles sont, avant tout, des formes. Elles construisent le tableau, mêlées à la couleur qui les engendrent ou les irriguent. Ces formes peuvent être, comme précédemment, des anciens coups de pinceaux ou des éclosions florales. Elles contribuent à nous offrir cette expérience de l’intensité qu’Yves Zurstrassen cherche à nous faire partager, par l’accomplissement de la peinture.



Paris 2022

OLIVIER KAEPPELIN

 




Artiste de l'exposition : Yves Zurstrassen


Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière