JOE FYFE



14 Janvier - 12 Mars 2016

Genève




Artiste de l'exposition : Joe Fyfe


 Vagabond paintings

Le peintre Joe Fyfe a révélé que le passage dans lequel le personnage principal de La Nausée de Sartre observe le Boulevard Noir, un boulevard inventé, le préoccupait depuis longtemps : « Personne n’a pris soin de le parer. (…). Le Boulevard Noir est inhumain. Comme un minéral. (…). Des couloirs droits et sales, en plein courant d’air, avec de larges trottoirs sans arbres. Ils sont presque toujours hors de l’enceinte, dans ces étranges quartiers où l’on fabrique les villes près des gares de marchandises, des dépôts de tramways, des abattoirs, des gazomètres ». Les marges, comme les décrit Fyfe, existent là où la culture du consumérisme entoure les sociétés rurales, plus traditionnelles. Vagabondage décrit son processus de recherche de matériaux lors de ses voyages et dans les rues autour de son studio et caractérise les matériaux proprement dits, qui semblent errer d’un endroit à l’autre à mesure que leur fonction identifiable varie. Certains travaux, par exemple, assemblent des publicités coréennes trouvées au Cambodge, où le matériau est réutilisé comme taud pour les bateaux et comme bâche de protection contre le soleil. Ces publicités servent ensuite de support aux peintures de Fyfe.
« L’opération dans laquelle je suis impliqué est à l’opposé du processus de magnification des matériaux trouvés » explique-t-il, « je semble être la dernière étape avant que ces objets retournent à la terre ».

Articles de presse ( Sélection )

Comme l’a écrit David Rhodes, artiste et critique, au sujet de l’œuvre de Joe Fyfe, « improvisation, remploi et reconfiguration sont tous trois à l’œuvre ». Cette toute dernière exposition poursuit l’utilisation de tissus dénichés sur les marchés d’Asie du Sud-Est et dans les magasins Walmart des zones rurales américaines, de fragments de panneaux en hébreu débusqués dans son voisinage à Brooklyn et dans des magasins de souvenirs en Europe. Parmi les autres objets trouvés employés, on compte également des parapluies cassés, des cerfs-volants, du feutre et des drapeaux. « Les œuvres de Fyfe sont formelles tout en semblant relever du hasard » a écrit Howard Halle dans TimeOut New York. « Dans le travail de Fyfe, on décèle des touches de Rauschenberg et de Tuttle, mais il se les est appropriées d’une façon unique et magnétique ».

« Dans l’œuvre de Joe Fyfe, les caractéristiques inhérentes d’un matériau donné sont mises en avant et combinées avec un sens de l’invention formelle très nuancée. Les matériaux et les objets sont cousus, collés, noués ou laissés épars les uns aux côtés des autres. Pour ce qui est des spécificités du support, il n’y a pas d’idéalisation ou de « terrain neutre » dans la peinture – et la peinture et ses possibilités constituent le sujet de cette exposition. Le déplacement est vu comme un état normal – bois, tissu et gestes picturaux sont affinés pour former des fragments d’une composition précise… Tout peut être considéré comme ayant déjà existé ailleurs dans le monde – qu’il s’agisse d’une bannière ou d’une marque gestuelle, elle peut également être envisagée comme interchangeable et capable d’une reconfiguration surprenante et inattendue. Un drapeau national peut être le support d’une peinture, une couche de peinture sur une grille, une trouvaille picturale. L’idée d’objet trouvé, telle que Duchamp l’aurait eue, s’inverse en devenant une ressource supplémentaire pour peindre… La sélection particulière des matériaux témoigne clairement d’un intérêt pour la façon dont les formes quotidiennes d’improvisation urbaine ou rurale – la construction des habitations ou des grilles, l’utilisation décorative et pratique des matériaux – reflètent les réalités socioéconomiques des populations locales. Fyfe emploie ingénieusement des matériaux inflexibles, qu’il insère sur un mur ou colle sur une peinture. Cependant, lorsque l’on considère l’œuvre du point de vue de la forme et du concept, elle dissimule autant de caractère et de gravité que le décide celui qui regarde, compte tenu de la fragmentation des constituants et de l’habileté beckettienne de leur assemblage.
Négligés si on les compare aux développements picturaux de ce côté de l’Atlantique, des artistes comme André-Pierre Arnal et Claude Viallat – qui ont tous deux participé à l’exposition Supports/Surfaces qui s’est tenue au Canada en 2014, pour lesquels Fyfe a rédigé l’un des textes du catalogue – commencent à être reconnus ». — David Rhodes, The Brooklyn Rail

« S’inscrivant dans des approches similaires à celles de Beuys, de l’arte povera, de Rauschenberg et de Richard Tuttle, ces œuvres créées à partir de matériaux hétéroclites d’une grande richesse – feutre, coton, drapeaux, briques, pneus, pare-chocs noir, bidons, parapluie retourné, panneaux, etc. –, ont été disposées sur le sol, accrochées aux murs et suspendues en hauteur. Même si elles semblent composées sans effort, à partir d’associations inattendues inspirées par les sens, elles sont liées entre elles par une intelligence formelle, qui dément cette nonchalance. Art populiste pour les spécialistes, transfiguration ironique des lieux communs persistants, ces travaux ne sont pas dépourvus de controverses politiques. Les créations de Fyfe attestent également, en les désignant, des transitions de la région, de sa matérialisation croissante et de sa mondialisation – le drapeau britannique qui orne la surface de Bull (2014) en est un exemple – vis-à-vis de son passé compliqué. Le banc de bric et de broc (2012-14), du fait de son attraction étrange et de sa durabilité incertaine, renferme une symbolique poignante. » — Lilly Weh, ARTNEWS 



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