Le grand détournement

commissaire d’exposition : Léa Chauvel-Lévy

27 Juin - 03 Août 2019

Paris




Artistes de l'exposition :
Sami Benhadj
Pierre Buraglio
Louis Cane
Hector Castells Matutano
Mathilde Denize
Antoine Donzeaud
Bobby Dowler
Mounir Fatmi
Amandine Guruceaga
My-Lan Hoang-Thuy
ORLAN
Jérôme Robbe
Adrien Vescovi
Claude Viallat
Laetitia de Chocqueuse


 avec des œuvres de : Sami Benhadj, Pierre Buraglio, Louis Cane, Hector Castells Matutano,
Laëtitia de Chocqueuse, Mathilde Denize, Antoine Donzeaud, Bobby Dowler, mounir fatmi,
Amandine Guruceaga, My-Lan Hoang-Thuy, Jérôme Robbe, ORLAN, Adrien Vescovi, Claude Viallat

Tous les artistes présents au sein de l’exposition affichent un lien plus ou moins direct ou inconscient aux clés de voûte du mouvement Supports/Surfaces.
 
La peinture dépasse le seul fait de peindre. Alors les artistes, fils de ce mouvement, retournent les toiles, peignent avec ou sans pinceau, sortent du cadre, s’échappent du support traditionnel de la peinture. Ils ne gardent de la peinture que son essence conceptuelle. Ils tournent autour d’un parangon défait, réhabilité et repensé. On pourrait dire que du corps ils ne gardent que la chair. L’essence de la peinture tient désormais dans son aura.
 
On se demande souvent « ce qui fait œuvre ». Mais qu’est-ce qui fait tableau ? La peinture ? Le châssis ? La toile ? Derrière ces métonymies se cache un faisceau de questions. Supports/Surfaces a sempiternellement joué à cache-cache avec ces questionnements. Preuve en est que l’exposition de 1969 qui préfigure la naissance du mouvement avait pour titre La peinture en question. Il faut également rappeler que dans le catalogue qui accompagnait l’exposition « le fait pictural » résultait d’une mise à nu des « éléments picturaux ». Citons encore Viallat : « Dezeuze peignait des châssis sans toile, moi je peignais des toiles sans châssis et Saytour l'image du châssis sur la toile. »

Ils posèrent les bases d’une réflexion réactivée ici ou là dans l’histoire de l’art. Il ne s’agissait plus alors de sonder les profondeurs d’une toile mais bien de la soustraire à ses origines. Considérer qu’un tableau pouvait naître de sa déconstruction mais aussi de sa soustraction fit date à tel point que tous les artistes exposés dans cette exposition en sont les enfants légitimes. 
Pour citer quelques faits connus, actes fondateurs dont les gestes sont aussi précurseurs que radicaux ; Buraglio récupère des fenêtres en un ensemble pictural, Viallat peint à même des bâches, des parasols ou tissus. Le cadre a volé en éclat jusqu’à sa disparition totale. Agissent alors les souvenirs de la grammaire et même du verbe d’une peinture traditionnelle. Celle-ci est traduite dans une nouvelle langue. Nous parlions de métonymie, il est aussi question de sémantique : il faut passer par cette dernière pour créditer certaines oeuvres du statut de « tableau ».

Si les 15 artistes réunis ici entretiennent un lien avec le mouvement Supports/Surfaces, tous ne sont pas conscients du lien qui les y rattache. Antoine Donzeaud décide de peindre derrière la toile, comme au delà. Amandine Guruceaga présente un "tableau" fait de cuir résiné. C’est donc la couleur qui sonne, vibre et confère à la pièce sa filiation avec ce que l'on considère être un tableau. Pour lui reconnaître une essence picturale, l’œuvre  convoque en outre les composantes d’une aura passée. Dit en d’autres termes, des décennies d’histoire de l’art auront permis à ce qui n’est pas tableau de le devenir. Hector Castells Matutano s’empare lui de films photographiques pour les rétro-éclairer offrant ce qui s’apparente à une toile lumineuse. Jérôme Robbe a choisi, lui, de peindre avec du vernis présentant une transmutation de l’huile. ORLAN montre quant à elle une photographie de 1965 dont le titre à lui seul, pourrait résumer l’esprit de l’exposition : Tentative de sortir du cadre. Mathilde Denize expose une peinture gonflée qui se dévoile en volume. Celle-ci forme un maillot de bain en trois dimensions, conçu à partir d’anciennes toiles. Cette œuvre est ainsi l’image fantôme d’une toile qui n’aura jamais existé. Laëtitia de Choqueuse pense, elle, la peinture comme une succession de strates à travers lesquels le regard doit se frayer un chemin. Après gommage numérique, que reste-t-il en surface ? Sami Benhadj fait de la colle son allié pour lui donner l’apparence d’un aplat. My-Lan Hoang-Thuy livre une série de peintures imprimées, mêlant à sa façon différents médiums. Mounir Fatmi laisse couler la matière peinture, à son rythme, sur le mur et le plancher. La peinture glisse, s’épanche et rencontre d’autres significations. Tandis que Bobby Dowler retourne ses toiles dans un geste systématique qui fait méthode.
 
Seront ainsi présents des artistes non affiliés mais rattachés par des fils personnels au mouvement. Car tous ont questionné en leur temps l’idée d’une peinture désacralisée. Voilà pourquoi Simon Hantaï - qui marchait sur ses toiles, parlait d’une « peinture négative ». Le trait étant obtenu par enlèvement de matière.
Cette exposition est s’il faut la résumer, un hommage d’une scène artistique à une autre, inconsciente et d’autant plus belle qu’elle l’ignore. Un hommage aussi, aux noms du père, parfois oubliés.

Léa Chauvel-Lévy, avril 2019. 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
23 rue du Renard 75004 Paris

Horaires:
Mardi – Samedi
11h – 19h
T: + 33 1 42 77 08 22