Marc Devade



06 Février - 14 Mars 2020

Paris




Artiste de l'exposition : Marc Devade


 Marc Devade fut un peintre pressé, pressé par le temps qu'il savait lui manquer, l'artiste malade vit sous dialyse et meurt en 1983 à l'âge de quarante ans. Son œuvre se développe ainsi avec une rare intensité et, au sein de cette densité, les années 1972 – 1974 occupent une place particulière.
En 1972, Devade a initié l'utilisation de l'encre de Chine qu'il substitue à la peinture acrylique. Dans les vastes surfaces qu'il réalise alors, se manifeste immédiatement l'excentricité de ce médium au sein de l'histoire de la peinture. Les voiles se superposent et l'artiste convoque pleinement la transparence et la liquidité de l'encre qui s'épand à l'intérieur du tableau en laissant la trace du mouvement de la couleur, ou plutôt des couleurs car on observe immédiatement une diversité des encres à l'intérieur de chaque série de l'artiste. La simplicité du dessin par division du champ rencontre ce mouvement de la couleur, un recouvrement partiel en tension avec le blanc de la toile.
Les années 1972-1974 correspondent à une période d'effervescence où l'activité de l'artiste s'inscrit entièrement dans le champ de l'avant-garde. Elle se déploie dans la publication de la revue Peinture, cahiers théoriques, après la participation au groupe Supports/Surfaces, et dans son implication au sein de la revue littéraire Tel Quel alors au centre de la vie intellectuelle parisienne et engagé dans une radicalisation politique que partage alors Marc Devade. L'utilisation de l'encre peut d'ailleurs être associée à ce goût pour la Chine provoqué par l'engagement maoïste mais on remarquera également qu'en peinture, Devade s'intéresse à la culture de la Chine ancienne à laquelle renvoie plus directement les premières encres.
Dans le cheminement du peintre, l'abandon de la peinture acrylique pour l'encre permet également, selon ses termes, de « casser les surfaces homogènes et le dessin hard-edge », c'est à dire de perturber l'organisation géométrique des tableaux précédents et de se distinguer de l'héritage de l'abstraction américaine, notamment celle de Frank Stella ou de Kenneth Noland, si marquante pour l'artiste au cours des années soixante, à une époque, il faut le signaler, où elle était en France très mal connue. L'artiste s'engage alors vers une nouvelle sensibilité de la couleur. La luminosité immaculée du blanc contraste avec les coulures de l'encre. La liquidité des encres n'est pas sans rapport avec l'expérience particulière d'un corps sous dyalise et cela ne fait que souligner la dimension charnelle du rapport à la couleur que convoque le peintre.
Le dépouillement des tableaux de Devade tend ainsi à s'affranchir aujourd'hui des discours qui ont pourtant accompagné leur naissance. L'immédiateté de la perception physique des verts ou des bleus s'associe au trouble que fait naitre la profondeur insaisissable de cette superposition de voiles. C'est cette ambiguïté des surfaces colorées de Devade qui nous interpelle aujourd'hui avec une force renouvelée.

Romain Mathieu, janvier 2020.
 



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Ceysson & Bénétière
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