Pierre Buraglio

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06 Juin - 31 Juillet 2019

Saint-Etienne




Artiste de l'exposition : Pierre Buraglio


 Existe-t-il un style Buraglio, comme on parle d’un style Baselitz ou d’un style Buren ? Non
sans doute, tant sa production picturale s’est modifiée au long de sa carrière. Il ne s’est jamais
arrêté à une formule picturale qu’il aurait ensuite habilement répété. Il n’a pas hésité à
rompre, à vagabonder dans plusieurs directions, à pratiquer toutes sortes de techniques et de
matériaux.
Tout a commencé il y a longtemps, dans les années soixante. Buraglio était engagé « à plein
temps », la peinture et la politique faisaient encore bon ménage. En ce temps-là, on croyait
qu'un geste d'éclat, qu'une action commune avec les confrères pouvait changer le rapport de
l'art et de la société, pouvait changer la société tout court.
De nos jours, l’homme, toujours engagé, reste convaincu que l’oeuvre d’art n’est jamais
séparée de son contexte - politique, social ou même religieux. Bref, elle n’échappe jamais à
l’histoire. Toutefois, depuis un certain temps, Buraglio fait appel à « l’histoire de proximité »,
nourrie d’éléments autobiographiques - ses souvenirs, son environnement, son visage même.
Bien évidemment, il ne s’agit pas pour l’artiste de restituer ces « lieux de mémoire »
fidèlement ; plus que description ce sont des évocations. Ainsi, on a vu son lieu d’habitat à
Maisons-Alfort non seulement stylisé à l’extrême mais encore décliné en série, alternant
peinture, gouache et dessins. Plus récemment, si les titres deviennent plus précis - Rue
Georges Politzer, Quai Jules Durand ou encore rue Helene Schejerfbeck, une artiste
finlandaise connue pour ses extraordinaires autoportraits - ces représentations topographiques
ne nous offrent aucun détail familier.
Des lieux ? Pas vraiment. Comme souvent - comme toujours ? - avec Buraglio nous sommes
face à une entreprise de déconstruction. Cependant, auparavant, la mise à nu de tous les
constituants physiques du tableau de chevalet transformait pratiquement l’oeuvre définitive en
un assemblage, même si pour l’artiste il s’agit toujours et encore de démonter les rouages de
la pratique picturale. Ici, toutefois, ces images découpées en rectangles et trapèzes, dénuées de
toute illusion spatiale, sont les fragments - et à peine reconnaissables - d’une maison ou d’un
atelier. Autrement dit, ces surfaces aplanies aux couleurs sourdes ne sont plus des lieux peints
mais des lieux de la peinture.
A une exception près. « 45 » met en scène un prisonnier, devant un camp d’internement. Le
personnage sans tête, « reconnaissable » uniquement à son uniforme, représente selon
l’artiste, son père. S’agit-il d’un souvenir trop déchirant pour n’être figuré qu’oblitéré ? Ou,
au contraire, est-ce un souvenir qui s’efface, pour n’en garder qu’une trace ?


Itzhak Goldberg, 2019
 



Informations Pratiques

Ceysson & Bénétière
8 rue des Creuses 42000 Saint-Etienne

Horaires:
Mercredi – Samedi
14h – 18h
T: + 33 4 77 33 28 93