Claire Chesnier

Le vent m’est resté dans la main
exhibition Main
Presentation

« Il y a, au seuil du travail de Claire Chesnier, une injonction de silence qui est aussi une injonction silencieuse, éminemment paradoxale : celle qui nous laisse sans voix et, dans le même mouvement, nous enjoint à la parole. C’est en cela qu’on pourrait dire qu’elle est, essentiellement, une peinture du seuil. Devant ses tableaux entrelaçant puissance et subtilité chromatiques, nous sommes envahis par une forme d’émotion statique, de stase de contemplation, qui s’élargit pourtant presque nécessairement vers ce que Romain Rolland a nommé un « sentiment océanique » auquel, après Freud, on coupera volontiers les ailes mystiques pour en faire, ici, l’impulsion d’écriture. On se trouve face à un passage, une limite qui libère et appelle parce qu’elle n’est jamais nette, coupante, mais brouillée et poreuse, mêlant la terre à l’eau, la lumière à l’obscurité, hésitant entre le crépuscule du soir et celui du matin. Elle possède ainsi un merveilleux pouvoir d’aimantation qui, par les infinies variations de couleurs, saturations et transpirations des couches d’encre les unes dans les autres, incline à la fois à une sorte de réconciliation et de dépense : c’est une paroi ouverte, une invitation à voir.


Longtemps ses tableaux ont longé cette ligne d’horizon dans des variations d’intensités lumineuses, selon un clivage où la partie inférieure, plus sombre, répondait à la partie supérieure, plus claire et aérée. Lorsque j’ai, plus récemment, vu ses premières peintures « ennuagées », j’ai immédiatement pensé aux ciels incomparables de Constable ; non qu’elle renoue avec une atmosphère romantique, mais parce qu’elle sait, comme le peintre anglais, révéler ce mélange subtil, comme on dit en chimie, entre l’eau et le gaz, entre les vapeurs brumeuses et le poids sensible de l’eau. Peindre l’air comme l’horizon halluciné de la peinture… Les nouvelles encres qu’elle présente pour cette exposition manifestent un pas de plus dans cette direction : le tableau n’est plus composé selon le clivage antérieur, la couleur s’y diffuse sur toute la surface, le geste y devient plus repérable, la ligne sismographique des anciens tableaux s’est muée en volutes profuses et larges, en circonvolutions chaleureuses qui infusent l’espace. Peut-être des esprits s’y dissimulent-ils, jouant dans les fumées colorées de son intensité radieuse, on ne sait pas et peu importe : on en a plein les mains plein les yeux, et on voudrait simplement dire comme une gratitude.


Son travail chemine, patiemment. C’est une peinture souveraine qui ne prétend pas au surplomb, une éclaircie patiente qui surgit comme une évidence, un voile qui entrouvre la fenêtre d’un monde auquel mon oeil participe sans emprise, dans l’imminence sourde d’une présence assouvie. Les peintures de Claire Chesnier baignent dans l’air du haïku : elles en partagent les noces et y accueillent, comme eux, le dépôt du temps. »


Yannick Mercoyrol, 2026


1 Extrait du haïku de Kobayashi Issa (traduit par R. H. Blyth) dans Haïku, Volume 3: Summer-Autumn (Hokuseido 1952), page 214

Featured Artworks
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Exhibition Dates

13 mars 2026 - 25 avril 2026

Opening reception

13 mars 2026 à 17h42