exhibition Main
Presentation

Louis Cane

Résonances


Du 18 septembre au 20 novembre 2026, Ceysson & Bénétière Saint-Étienne dédie une exposition personnelle à Louis Cane, l’une des figures fondatrices du mouvement Support/Surfaces. Intitulée Résonances, elle rassemble sous le commissariat d’Antoine Py une soixantaine d’œuvres, des années 1960 aux dernières années de production de l’artiste, issues majoritairement de l’atelier. Ceysson & Bénétière propose à travers cette exposition une lecture historique, mais non figée, de Louis Cane : celle d’un artiste qui n’a cessé de contester les limites du tableau pour mieux en relancer les possibles.


Louis Cane n’a jamais peint pour plaire. Figure fondatrice de Supports/Surfaces, il tamponne dès 1967 sur ses toiles non tendues la mention « Louis Cane, artiste peintre » : un geste sans pinceau, plus proche de l’écriture ou du cachet administratif que de la touche picturale. La signature devient procédé, la répétition remplace l’expression, l’œuvre arme la peinture au moment même où elle semble la nier.


Viennent ensuite les toiles découpées et les œuvres Sol/Mur : la toile quitte le châssis, gagne le sol et le mur dans un mouvement d’ouverture. Le tableau cesse d’être une image frontale pour devenir une réalité physique. Louis Cane ne se contente pas de le déconstruire : il en interroge les conditions — support, signature, geste, place du corps, expérience du regard.


La reconnaissance suit vite. Entre 1976 et 1977, le Louisiana Museum of Modern Art, le Centre Pompidou et le MoMA consacrent une exposition à son travail presque coup sur coup. Il expose chez Leo Castelli à New York, chez Daniel Templon à Paris. La trajectoire pourrait sembler tracée : approfondir les Sol/Mur, prolonger les toiles découpées, s’imposer comme l’un des représentants d’une avant-garde française désormais reconnue.


Louis Cane choisit l’inverse. Il refuse que la reconnaissance devienne une formule. Des Sol/Mur et des arches, il passe aux Nativités, aux femmes qui accouchent, aux figures d’autorité, aux citations frontales de Picasso, de Velázquez ou de Monet. Ce que la critique française des années 1980 a parfois lu comme un reniement apparaît aujourd’hui comme la poursuite, par d’autres moyens, d’une logique d’appropriation critique déjà présente dans Supports/Surfaces. Le tampon travaillait le nom propre ; les Ménines reprennent Picasso reprenant Velázquez ; les Cardinaux passent par Bacon puis Velázquez ; les Nymphéas déplacent Monet vers une expérience de l’air, de l’eau, de la lumière et de la transparence.


L’exposition Résonances propose de lire cette suite de ruptures non comme une série de contradictions, mais comme ce qu’elle est, une énergie continue. Les œuvres ne se succèdent pas seulement dans le temps : elles se répondent, se transforment, s’éclairent les unes les autres. Une intuition née dans les années 1960 peut ainsi réapparaître, plusieurs décennies plus tard, dans une peinture sur grillage, une résine, une sculpture ou une reprise de l’histoire de l’art.


Deux mouvements en orientent la lecture : Rébellion, où se lit la force du mouvement qui traverse son parcours ; À travers, où la peinture s’ouvre à l’air, à la lumière et à l’espace.


RÉBELLION


Rébellion retrace les volte-face d’un artiste qui, selon la formule de Marcelin Pleynet, incarne

« l’avant-garde comme contradiction de l’avant-gardisme ». En 1970, Louis Cane distribue des tracts contre le « prix du génie » à l’entrée du vernissage de Supports/Surfaces à l’ARC ; quelques années plus tard, consacré par les institutions dont il questionnait l’autorité, il choisit de citer plutôt que de se répéter. Citer, chez lui, n’a jamais été se soumettre : c’est reprendre pour infléchir, convoquer les maîtres pour mieux les déstabiliser.


Cette rébellion engage aussi le corps, l’histoire, le pouvoir. Dans les années 1980, le retour à la figuration scandalise une partie de la critique française. Femmes nues, accroupies, figures d’accouchement, corps qui regardent le spectateur en retour : Louis Cane installe dans l’image une tension que l’abstraction, devenue à son tour un territoire de confort, ne suṀsait plus toujours à affronter. La sculpture prolonge cette énergie dans l’espace, d’Apollon aux Ménines, de Vénus à la crinoline II aux corps porteurs ou en tension. Bronze, pâte de verre, résine : elle n’ouvre pas une parenthèse, elle poursuit autrement ses questions sur la forme, l’histoire et la figure.


À TRAVERS


À travers aborde l’autre versant de cette recherche : la transparence, le passage, l’ouverture de la peinture à ce qui la dépasse. À partir des années 1990, les Nymphéas ne renvoient plus seulement au motif de Monet, mais à une manière de penser la couleur, la matière, le vide et l’atmosphère. Le grillage, destiné d’ordinaire à protéger ou à délimiter, devient surface picturale : ce qui était clôture devient ouverture. La trame laisse circuler le regard, le vide dialogue avec la couleur ; la résine diffuse une lumière douce, presque liquide.


Dans les Nymphéas, Louis Cane ne reprend pas Monet au sens littéral : il retrouve, par d’autres moyens, cette fusion de l’air, de l’eau et du reflet, en faisant de la transparence un principe de construction. Les toiles découpées ouvraient le plan ; les grillages le trouent. Les Sol/Mur faisaient descendre l’œuvre au plus proche du spectateur ; les résines et les structures transparentes la suspendent dans l’air et la lumière. Là encore, il ne s’agit pas d’un retour, mais d’une question relancée : comment faire sortir la peinture d’elle-même sans cesser d’en éprouver les possibilités ?



Antoine Py, commissaire de l’exposition


L’exposition est accompagnée d’un catalogue bilingue français-anglais réunissant les contributions de Rachel Stella, Antoine Py et Pierre Passebon.

Featured Artworks
Peinture Abstraite
Peinture Abstraite
2014
200.0 x 200.0 cm / 78.7 x 78.7 in
Papiers découpés
Papiers découpés
1967
180.5 x 133.5 cm / 71.1 x 52.6 in
Visitor information

Location

Ceysson & Bénétière Saint-Étienne

10 rue des Aciéries
42000 Saint-Étienne

+ 33 4 77 33 28 93

View Map

Opening Hours

Lundi: 11:00 - 18:00
Mardi: 11:00 - 18:00
Mercredi: 11:00 - 18:00
Jeudi: 11:00 - 18:00
Vendredi: 11:00 - 18:00
Samedi: 11:00 - 18:00
Dimanche: Fermée

Exhibition Dates

18 septembre 2026 - 20 novembre 2026

Opening reception

18 septembre 2026 à 18h00