Du 25 juin au 25 juillet, Claude Viallat présente à la galerie Ceysson & Bénétière Paris un ensemble d’une dizaine d’oeuvres récentes.
On devine très vite que les appositions des formes sur des tissus usés renvoient aux origines de la Forme, aux origines de l’art. Claude Viallat secoue ainsi violemment le cocotier de l’art moderne et de la modernité. La fabrique de chaque toile le retourne vers la Préhistoire, à sa Préhistoire, à une primitivité qui ne fut pas, mais c’est celle qu’il a faite sienne. Il l’a imaginée, façonnée, construite, parallèlement et en opposition, aux primitivités prédatrices de la modernité occidentale. C’est ainsi qu’il a engagé son art dans une circulation, une cueillette, un ramassage, dans tous les « moments » – que Focillon qualifiait de « gonflements » – de l’histoire de l’art, de tout ce qui peut s’articuler, s’adapter, se «naturaliser», dans sa propre quête de la peinture comme vérité. Au sens que certains auteurs ont donné à la notion de pastiche à propos de Picasso, Claude Viallat est un pasticheur. Ses œuvres récentes le confirment qui convoquent et s’approprient le dispositif figuratif de L’Atelier rouge de Matisse. Il en résulte que tous les motifs portés par les supports tissés et chaque forme qui les marque se transmuent en objets picturaux propres à l’art pratiqué par Claude Viallat. Ils s’avèrent ainsi ni ornementaux ni figuratifs. Ils ne sont pas, non plus, abstraits. Simplement réels. Picturalement vrais. Dans chaque support, chaque forme expose et impose sa présence et à chaque fois, elle s’articule à sa surface et à sa matérialité. Jusqu’à se faire simplement signe ? En chacun de ses avatars la Forme affirme et affiche donc sa fonction : assurer l’intensité, la saturation de la couleur. C’est par sa prolifération d’empègue, d’impresa, de marque et de motif blasonnant qu’elle est et qu’elle n’est pas ; c’est par sa quasi autogénération ; c’est par sa ponctuation colorée, parfois assistée par le soulignement du marquage de la contreforme, qu’une œuvre de Claude Viallat provoque ce suspens nous immobilisant face à sa face. Nous sommes, en effet, saisis et, en même temps, élevés, par ces surpassements voulus, conscients et réussis, de ce vertige où nous emportait l’art de Matisse, entre autres. Et où nous emporte, celui, unique, de l’art de l’un des plus grands coloristes de tous les temps. Celui de Claude Viallat !
Extrait de Claude Viallat : sa Forme a soixante ans, Bernard Ceysson, 2026.





