L’exposition d’Antwan Horfee à la galerie Ceysson & Bénétière, oomph, explore le champs pictural comme une manière d’habiter le monde, une expérience du déplacement, de la trace, de l’errance et de la transformation. À travers un ensemble d’œuvres où se croisent peinture, dessin, cinéma, cultures populaires et imaginaires urbains, elle fait émerger une pensée visuelle fondée sur le frottement des images et la circulation des signes.
Le travail d’Antwan Horfee s’inscrit dans cette logique de contamination et de métamorphose permanente. Nourri par le graffiti, les cartoons anciens, la science-fiction, les films d’horreur, les livres illustrés, les cellulos d’animation ou encore les objets trouvés, son univers procède par superpositions successives, assemblages instinctifs et collisions d’influences. Ses peintures, souvent traversées d’atmosphères brumeuses et cinématographiques, semblent moins représenter des formes fixes que capter des états de transition, des images en train d’apparaître ou de se dissoudre.
Cette approche prolonge certaines réflexions développées lors de l’exposition La morsure des termites au Palais de Tokyo, à laquelle Horfee participait. Inspirée du texte de Manny Farber opposant les « artistes termites » aux « artistes éléphants blancs », l’exposition envisageait des pratiques discrètes, proliférantes et difficiles à saisir, avançant par dérive, parasitage et fragmentation. Pensée comme une ville invisible traversée de signes et de récits cryptiques, elle proposait une lecture souterraine de l’histoire de l’art à travers l’expérience du graffiti.
Chez Horfee, cette dimension souterraine se retrouve dans une pratique fondée sur l’expérimentation et le mouvement. Son intérêt pour les cartes QSL — cartes postales créées par les amateurs de radio pour confirmer la réception d’un signal — révèle une fascination pour les formes vernaculaires de communication, pour ces images modestes produites avec le désir d’être vu, entendu et reconnu. Cette idée de transmission traverse l’ensemble de son travail.
Né dans la banlieue nord de Paris, Horfee découvre très jeune dans le graffiti une manière de créer à partir de rien et de faire corps avec la ville. Progressivement, le dessin puis la peinture deviennent le prolongement de cette énergie initiale. Refusant toute image figée, il développe une œuvre vivante et instable, nourrie autant par le travail en atelier que par les expériences extérieures — films, voyages, livres, conversations ou rencontres. Sa peinture devient ainsi un espace où les images circulent librement, se transforment et continuent d’agir bien après leur apparition.
